Mars 1943 – Septembre 1943
Cela fera bientôt trois ans depuis la défaite humiliante de 1940 que les Nantais assistent en spectateurs meurtris par l’Occupation allemande à la déchéance du régime de Vichy. En avril 1943 le commissaire central de Nantes parle d’une « lassitude certaine » de la population qui souhaite « la fin prochaine du conflit qui viendrait adoucir la misère actuelle de beaucoup de familles angoissées et sous-alimentées ». La faim et la peur pour tout horizon ?

| La propagande allemande utilise abondamment le thème de la peur. Peur du bolchevisme, du terrorisme et ici des bombardements. Elle distribue dans la région des dépliants bicolores (noir et rouge sang) à la mise en scène digne des films d’épouvante. (Coll. part.) |
Manger
Manger ? « Cette question reste une des causes constantes du mécontentement général. Le ravitaillement est devenu plus défectueux encore notamment en ce qui concerne la répartition des pommes de terre et de la viande ainsi que des légumes secs… Comme précédemment on accuse de ces faits la rapacité des paysans, les réquisitions de l’armée d’occupation ainsi que le mauvais fonctionnement des services du ravitaillement » (Commissaire central, 22/03/43).
En avril on ferme des boulangeries par manque de farine « ce qui provoque une effervescence assez marquée et renforce les appréhensions du public » (Commissaire des R.G. 27/04/43). Le phénomène se renouvelle de plus en plus souvent à l’approche de l’été : en juin 60 boulangeries ferment durant plusieurs jours à Nantes et d’autres en région nazairienne. Les récoltes ont été précoces mais inférieures à celles des années précédentes en quantité et en qualité. Il y a deux fois moins de pommes de terre, peu de légumes secs, peu de succès pour les cultures d’oléagineux et le bétail a beaucoup souffert de la sécheresse. La ration mensuelle de beurre par personne descend à 100 grammes, celle de pommes de terre à 1 ou 2 kg selon les mois. Les œufs et les légumes secs ont disparu. Le lait se fait très rare et on doit le supprimer parfois aux enfants de plus de 6 ans. Pour économiser de l’essence on modifie le circuit et le rythme des camions chargés de distribuer ce lait trop rare en ville mais, dans le même temps, on maintient la circulation des camionnettes qui approvisionnent cafés et restaurants en vin, alcools et spiritueux provoquant indignation et colère.

| Chaque mois la presse publie le taux des rations alimentaires attribué à chaque coupon des cartes d’alimentation. Pour beaucoup c’est le principal intérêt du journal. (Le Phare, 31 juillet 1943) |
Hors de l’agglomération nantaise la situation est meilleure comme le constate le sous-préfet de Châteaubriant : « Pour le ravitaillement dans l’ensemble il demeure convenable » (25/08/43). Cependant les habitants des bourgs, les réfugiés ou ceux qui ne disposent pas d’un jardin connaissent aussi des difficultés d’approvisionnement. Dans son Bulletin paroissial le curé de Guémené-Penfao se plaint que :« Des enfants se permettent depuis quelque temps de se servir de lance-pierres pour tuer des pigeons sur le toit de l’église. Il leur arrive de briser les vitraux de l’église. Prière de les faire connaître à M. le curé. De même pour des jeunes gens qui n’hésitent pas à pénétrer par effraction sur la voute de l’église pour faire la chasse à ces innocents animaux. »
En juillet la réquisition des bicyclettes « par les services de la préfecture mais pour le compte de l’autorité allemande » irrite « les ouvriers qui protestent de se voir privés d’un moyen de locomotion pratique pour se rendre à leur travail » (Commissaire central, 20/07/43). Mécontents aussi les habitués du vagabondage vélocipédique pour « ravitaillement familial ».
« Les trafics illicites continuent à être pratiqués dans le département sur une assez grande échelle. Ils concernent principalement le vin, la viande et le pain et sont à mettre au compte des troupes d’occupation, de restaurateurs, de cafetiers et de quelques fournisseurs habituels du marché noir ».
« Il est à signaler que des boulangeries rurales fabriquent clandestinement du pain qui est presque totalement emporté par les habitants des villes venant faire du ravitaillement familial… Les abattages clandestins ne sont pas en régression » (Commandant de gendarmerie, 25/04/43).
Avec les faibles moyens dont il dispose le préfet essaie de lutter contre le marché noir. En juillet il signale avoir fait arrêter par la gendarmerie deux individus qui avaient abattu, découpé et vendu : 15 bœufs, 10 veaux, 3 porcs, 1 vache, 1 taureau.
Quelques arrestations pour l’exemple n’empêchent pas les trafics de se multiplier. Le troc est maintenant généralisé : « La rareté des articles, notamment des textiles et des chaussures, amène la pratique quasi générale du commerce irrégulier en ce sens que la vente est subordonnée à une contrepartie de produits alimentaires rationnés (beurre, viande…). Cela explique la facilité relative avec laquelle les populations rurales parviennent à obtenir les articles les plus recherchés » (Commissaire des R.G. 29/06/43).
Les problèmes du ravitaillement créent un climat débilitant : régression de la moralité, exacerbation des égoïsmes et des jalousies, aggravation des tensions sociales. Tout le monde subit l’Occupation mais certains savent en tirer parti au détriment des autres. Le Commandant de la gendarmerie pointe les profiteurs :
« Les cultivateurs s’enrichissent constamment et vendent leurs produits à des prix plus élevés que la taxe… Champions du troc ils se plaignent constamment. Leur égoïsme a dressé contre eux et pas toujours à tort une grande partie de la population des villes » (25/06/43).
« Les producteurs [agriculteurs] sont de plus en plus atteints par la frénésie du gain. Certains n’hésitent pas à dire qu’ils prennent une revanche sur les temps passés » (26/07/43).
« Les commerçants réalisent également de gros bénéfices et sont en général dans une situation aisée ». « Dans cette branche plus qu’ailleurs on pratique le troc au détriment de la masse des consommateurs » (26/07/43).
Le commissaire central de Nantes complète : « Une certaine attitude arrogante des commerçants à l’égard des consommateurs paraît néfaste à une politique d’apaisement entre les diverses classes de la population » (25/08/43).
Effectivement ! L’exaspération des tensions sociales crée des désirs de revanche. Les ouvriers se réjouissent, en mai, quand la ration de pain dont bénéficiaient les cultivateurs est réduite même si elle n’augment pas la leur. Lorsque le préfet Bonnefoy entreprend une campagne contre le marché noir en août et inflige de lourdes amendes aux agriculteurs qui n’ont pas livré de lait ou de beurre au Ravitaillement depuis six mois, les citadins trouvent les sanctions trop légères et réclament l’emprisonnement des coupables.

| La presse publie régulièrement les lourdes amendes infligées aux agriculteurs qui ne fournissent pas le contingent de lait, œufs… Elles ont valeur d’avertissement mais visent aussi à calmer la colère des populations sous-alimentées. Selon le préfet, elles sont : « très favorablement accueillies » par la grande majorité de la population urbaine, mais aussi par les ruraux : « les paysans honnêtes qui étaient las de voir autour d’eux tant de fraudeurs impunis. Beaucoup étaient tentés de les imiter non seulement pour gagner de l’argent mais souvent aussi pour ne pas paraître plus « bêtes » qu’eux ». Le Phare du 16/11/1942 |
Cette tension ancienne, ravivée par les circonstances, entre urbains et ruraux se renforce, inconsciemment, de la peur provoquée par les bombardements qui frappent d’abord les villes et leurs habitants qui se sentent victimes à la fois de ceux qui labourent la terre et de ceux qui déchirent le ciel.
Bombes sur les Batignolles
Depuis le raid aérien du 28 février qui ravagea Saint-Nazaire, la Loire-Inférieure a été épargnée par les bombes, même si les fréquentes alertes ont entretenu l’angoisse de la population.
Le 22 mars la région nazairienne est de nouveau : « L’objet d’une attaque de destruction systématique en tous points semblables à celle du 28 février » (Préfet, 1/05/43). Sont également touchés par les bombes : Trignac où les forges sont détruites, Montoir, Saint-Malo-de-Guersac. Les rares bâtiments encore debout dans la ville portuaire seront anéantis (sauf la base sous-marine) par les bombardements suivants : 28 mars, 2 avril, 1er mai…
Au printemps 1943, après les installations militaires et portuaires, les bombardiers visent les entreprises qui travaillent pour l’Allemagne. Au lendemain du raid sur Saint-Nazaire, le 23 mars, l’usine des Batignolles, à Nantes, est attaquée par sept avions britanniques. Les bombes tombent presque toutes dans l’enceinte de l’usine détruisant 11 bâtiments sur 19. L’alerte donnée trop tardivement n’a pas permis au personnel d’évacuer les lieux à temps. Il y a 34 morts.
À Nantes l’émotion est grande. Une foule imposante assiste aux obsèques à la cathédrale le 27 mars. Pourtant, relate le commissaire des Renseignements généraux, venant après ceux de Saint-Nazaire, Lorient, Brest… le bombardement des Batignolles : « N’a pas eu un effet de surprise très marqué malgré l’émotion ressentie. Des réactions hostiles aux anglo-américains ont été relevées mais beaucoup de personnes ont admis l’utilité pour ces derniers de la destruction de l’usine et s’inclinent devant les nécessités de la guerre » (27/04/43). D’ailleurs « l’opinion rejette sur les Allemands la responsabilité du bombardement disant que si Nantes n’était pas occupé il n’aurait pas eu lieu » (Commissaire des R.G. 28/03/43). Ainsi, après chaque bombardement nos rapporteurs constatent qu’à l’émotion, la résignation, succède le pardon aux Alliés qui retrouvent assez vite confiance et sympathie.

| La propagande collaborationniste tente d’exploiter l’émotion causée par les bombardements contre les Alliés. Elle égratigne au passage le gouvernement de Vichy jugé trop tiède dans sa politique de Collaboration. Tract du Parti franciste. (ADLA 1693 W 107) |
Le commissaire central relate après l’attaque anglaise sur les Batignolles que : « On se plaît à répandre le bruit que l’aviation américaine bombarde toujours à haute altitude alors que les aviateurs anglais prennent le soin de piquer sur leurs objectifs, épargnant ainsi, contrairement à leurs alliés, le maximum de vies humaines » (24/04/43).
L’opinion rejette la responsabilité des bombardements sur les Allemands et accable de son mépris la presse qui, outre le silence déjà signalé sur les bombardements de Saint-Nazaire, ment en action et par omission devant témoins en relatant celui de Nantes. La presse locale évoque une attaque intervenue « sur la banlieue de la ville » et « parmi la population » sans jamais indiquer que l’objectif était militaire et avait été atteint.
Après les bombardements de février et mars, 40 000 sinistrés de Saint-Nazaire et de sa banlieue sont accueillis dans une centaine de communes des environs. Il faut loger, vêtir, nourrir des familles qui ont tout perdu dans un pays frappé par la pénurie. Les réfugiés s’en prennent aux pouvoirs publics dont ils dénoncent les carences et « se plaignent en général du mauvais accueil qui leur a été réservé par la population locale » (Commandant de gendarmerie, 25/06/43). C’est surtout la question du logement qui pose problème : « Les communes qui ont reçu des Nazairiens et des Trignacais sont surpeuplées et bon nombre de réfugiés qui logent dans des conditions précaires se voient cependant réclamer des loyers élevés, l’afflux des demandes de location ayant eu pour effet la hausse du prix des loyers » (Sous-préfet de Saint-Nazaire, 20/05/43). Les paysans briérons se plaignent eux que leurs cultures soient « pillées » par les réfugiés. La cohabitation citadins-ruraux imposée par les événements est l’occasion de se connaître, de s’apprécier ou de se détester.
Les bombardements perturbent l’activité économique de la région. À Saint-Nazaire : « L’industrie métallurgique est presque inexistante. Les grands chantiers de Saint-Nazaire et de Trignac ayant été anéantis » (Sous-préfet de Saint-Nazaire, 28/04/43). À Nantes, après les Batignolles en mars c’est au tour de l’entreprise aéronautique SNCASO, située à proximité de l’aérodrome de Château-Bougon, d’être en partie détruite par les bombes le 4 juillet. À chaque fois une partie des ouvriers est occupée à déblayer les décombres alors que les autres sont mis temporairement à la disposition d’entreprises de la région et que les femmes sont généralement licenciées.
À Nantes les industries agro-alimentaires (conserveries, biscuiteries) déploient encore une activité, réduite par suite de la pénurie de matières premières, ainsi que les chantiers navals épargnés, pour l’instant, par les bombes.
Quand le ciel est paisible les Nantais écoutent, l’oreille collée au poste de radio, l’écho des bombardements venu d’outre-Rhin : « L’opinion publique suit également avec intérêt les bombardements subis par les grandes agglomérations allemandes et voit dans ces raids meurtriers auxquels l’Allemagne n’a pas répondu la preuve de la suprématie anglo-saxonne et la certitude de la victoire définitive des Alliés à plus ou moins brève échéance » (Préfet, 3/09/43). Consolation augmentée par la douce revanche de constater que : « Parmi les troupes allemandes cantonnées à Nantes ces bombardements affectaient grandement leur moral » (Commissaire des R.G. 1/08/43). Satisfaction atténuée par l’inquiétude que les raids alliés sur le Reich « touchent les nombreux ouvriers français qui travaillent dans les usines allemandes » (Préfet, 1/07/43).
Le S.T.O.
Au début de l’année 1943 la « Relève » ne répond plus aux exigences allemandes. Le 10 janvier, Fritz Sauckel exige, pour la fin du trimestre, 250 000 nouveaux travailleurs. Il compte sur Pierre Laval pour imposer ce fardeau supplémentaire aux Français.
En plus de la « Relève », toujours maintenue, les Allemands proposent de faire partir les jeunes des classes 1940 – 41 – 42 (nés en 1920, 1921, 1922). Beaucoup d’ouvriers des âges concernés sont déjà en Allemagne et une nouvelle réquisition risque de provoquer une explosion sociale. Laval n’a pas oublié les grèves de l’automne. Mais il connaît aussi la rancœur des milieux populaires contre la bourgeoisie et la paysannerie jusque-là épargnées par la « Relève ». Pour éviter les tensions sociales il croit pouvoir jouer sur les rivalités de classes. Afin de donner satisfaction aux Allemands sur le nombre et la jeunesse des effectifs il décide de prélever les hommes demandés, non pas sur un critère professionnel (ouvriers), mais sur l’âge. Tous les jeunes nés en 1920 – 21 – 22 seront assujettis au travail en Allemagne. N’est-ce pas une mesure de justice sociale ?
Le 16 février 1943 un décret institue le Service du Travail Obligatoire (STO) d’une durée de deux années. Sont épargnés, pour un temps, les jeunes agriculteurs et les étudiants qui bénéficient d’un sursis pour terminer l’année universitaire. Afin de parer aux défections prévisibles Laval met en place tout un système de fichage avec la participation des mairies et des divers services administratifs. Une carte de travail est créée, obligatoire et indispensable pour se procurer cartes d’alimentation, titres de circulation, ou pour effectuer des opérations bancaires.
Avancée supplémentaire dans une collaboration d’État rejetée par l’opinion, la loi sur le STO est d’entrée condamnée : « Il est incontestable qu’elle a soulevé dans l’opinion publique un mécontentement assez profond. La plupart des gens estiment qu’il est regrettable que ce soit une loi française qui permette d’envoyer des ouvriers en Allemagne » (Préfet, 1/05/43).
Le mécontentement ne touche pas que la population concernée par la loi. Même la machine administrative s’enraye devant les excès de la Collaboration quand il faut appliquer cette mesure impopulaire.
En application de la loi instituant le STO 13 761 jeunes sont recensés dans les classes d’âge concernées. 4 032 sont exemptés par les autorités d’occupation parce que travaillant déjà en Allemagne dans le cadre de la « Relève » ou employés dans des entreprises françaises œuvrant pour le compte de l’Allemagne. 1 938 sont déclarés « inaptes » par un corps médical quelque peu allergique à la Collaboration. 6 717 sont exemptés par le Commissariat général au travail. Il s’agit d’étudiants, de paysans ou d’autres jeunes gens présentant des justificatifs sur lesquels l’administration française ne se montre pas très regardante. Il ne reste que 1 074 jeunes bons pour le service en Allemagne, nombre duquel il faut retrancher 300 réfractaires qui ne se sont pas présentés à la convocation. Le préfet jouant de duplicité se félicite de cette arithmétique étrange : « Il convient de remarquer que les jeunes gens ont dans l’ensemble répondu avec discipline à la loi du 16 février » (1/05/43). Les Allemands qui savent aussi calculer n’ont pas leur compte d’hommes et accusent les services préfectoraux de dilettantisme voire de refus de collaborer.
Le 8 mars le préfet est convoqué à la feldkommandantur. Le major Von Trotha et le représentant de l’organisation Sauckel lui reprochent que seulement 20% des ouvriers convoqués sont partis et qu’ainsi la Loire-Inférieure aurait le pourcentage le plus faible de tous les départements. Le feldkommandant se fait menaçant estimant que la responsabilité personnelle du préfet est engagée. Philibert Dupard se défend disant qu’il fait appliquer la loi, que les réfractaires sont recherchés mais que faute de policiers en nombre il ne peut faire mieux. Von Trotha exige qu’il fasse paraître dans la presse et par voie d’affichage un « Avis » stipulant que les réfractaires au STO seront activement recherchés et sévèrement punis.

| Au lendemain de sa convocation à la feldkommandantur le préfet, sur ordre du major von Trotha, fait paraître cet « Avis » menaçant les réfractaires au STO présenté comme une mesure d’équité sociale. (ADLA 1693 W 60) |
Pour montrer l’exemple de la fermeté les Allemands organisent eux-mêmes des rafles, sans en avertir la préfecture : la première au début du mois de mars en centre ville de Nantes et la seconde le 16 mars à la SNCASO de Bouguenais. Le commissaire des Renseignements généraux qui s’est rendu à Château-Bougon raconte : « J’ai trouvé l’usine gardée par des militaires allemands en armes. Dans la cour intérieure se trouvait notamment une section avec fusils mitrailleurs en batterie vers la porte d’un bâtiment où étaient rassemblés les ouvriers ; d’autres militaires se trouvaient aux abords l’arme à la bretelle, certains avec une mitraillette sous le bras en position de tir. Des civils allemands contrôlaient les ouvriers à la sortie » (16/03/43). 150 ouvriers sont emmenés au château de Nantes devenu depuis la « Relève » le lieu de regroupement des requis avant le départ en Allemagne. Les familles furent autorisées à venir leur apporter du linge, des vêtements et des vivres avant de monter dans le train.
Le conseiller Dröge, responsable de l’organisation Sauckel dans le département déclarera au commissaire des Renseignements généraux qu’il avait agi ainsi : « En raison de l’attitude des ouvriers qui ne répondaient pas aux convocations et des autorités françaises qui n’assuraient pas l’application des décisions adoptées » (16/03/43). Comme cela s’était passé en octobre 1942 au moment de la « Relève », pour ne plus laisser les Allemands intervenir dans les entreprises et dans la ville le préfet se résout à faire à leur place la traque aux réfractaires du STO : compromission supplémentaire doublée d’une illusion.
La rapidité et la fermeté avec lesquelles les directives du STO sont mises en place provoquent un raidissement de la population : « Un profond mécontentement s’est emparé du public depuis la récente mise en application des décrets sur le service du travail national obligatoire venant s’ajouter aux opérations toujours en cours de la Relève. Alors que celle-ci était déjà violemment critiquée le public n’a pu que protester encore davantage devant la rapidité des mesures prises dernièrement notamment vis-à-vis des arrestations massives des jeunes gens qui ne s’étaient pas présentés… Les nombreux commentaires entendus à ce sujet ne pouvaient qu’être hostiles au gouvernement, à l’Administration et aussi à la police » (Commissaire central, 22/03/43).
Alors que le nouveau système mis en place par Laval se veut plus égalitaire, les sursis et autres passe-droits font retomber l’essentiel de la charge sur la classe ouvrière déjà très touchée. Pour calmer les protestations et trouver une main d’œuvre qui se dérobe de plus en plus le chef du gouvernement prend une série de décrets, en mai, qui réduisent les exemptions pour travaux agricoles et les sursis universitaires.
Le 5 juin, dans un discours radiodiffusé Pierre Laval, après avoir rappelé la nécessité de la Collaboration avec l’Allemagne, présente ses derniers décrets comme une mesure de justice sociale, annonce la transformation des prisonniers de guerre en travailleurs libres en Allemagne et menace toutes les personnes venant en aide aux réfractaires du STO de lourdes sanctions.

| Document de la propagande pour le travail en Allemagne. (Photo château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes) |
Ce discours est très mal reçu par l’opinion, surtout dans le monde rural, et le commissaire central de Nantes conclut ainsi son rapport consacré aux réactions à cette allocution : « Dans le fond la population estime que la Relève et le STO ne sont que des mesures déguisées de déportation imposées par jeux de mots par les vainqueurs. Cette conviction intime est aussi liée aux rafles, retraits de cartes d’alimentation, etc… La résistance est passive » (24/06/43). Son collègue des Renseignements généraux rajoute : « Le public demeure irréductiblement hostile à ce qu’il continue de nommer la déportation » (29/06/43).
Amplifiée par le STO, l’hostilité à la Collaboration et au régime qui la promeut gagne définitivement le monde paysan. Jusqu’alors épargné par la « Relève », flatté et favorisé par Vichy, il bascule dans une opposition ouverte au gouvernement. Le commandant de la gendarmerie résume les griefs des agriculteurs dans son rapport du 25 juin :
« Les paysans ne se gênent pas de dire : On nous avait promis de ne point enlever de jeunes gens dans l’agriculture qui manque de main d’œuvre un peu partout et la promesse faite à différentes reprises par de hautes personnalités du gouvernement n’a point été tenue. Pourtant c’est nous qui avons supporté le poids le plus lourd pendant la guerre actuelle ; actuellement encore les 4/5 des prisonniers sont des paysans. Et voilà que l’on nous prend nos fils les plus capables de travailler ».
Le refus d’obtempérer aux ordres du gouvernement se nourrit de ces désillusions et de la crainte d’affaiblir des exploitations agricoles déjà privées d’une partie de leur main d’œuvre. Le sous-préfet de Châteaubriant y rajoute deux motifs supplémentaires : la peur des bombardements sur le Reich et l’insuffisance de la nourriture distribuée aux travailleurs en Allemagne, signalée dans tous les courriers de ceux qui sont partis là-bas. Conséquence immédiate : le nombre des réfractaires, déjà important, bondit encore.
« Si le sud du département a donné de bons résultats, par contre la partie nord qui est limitrophe des départements bretons donne un pourcentage de réfractaires de 80%. La plupart du temps les jeunes gens ont quitté leur domicile et il est difficile de les retrouver. Ils sont souvent partis en emportant leurs bagages comme s’ils avaient l’intention de se rendre à leurs convocations. Parfois les maires les ont vus prendre le train et ils sont descendus en cours de route et se sont dispersés dans la campagne ».
« À cette époque des travaux agricoles ils trouvent facilement à s’employer soit dans les fermes isolées, soit dans les exploitations forestières assez nombreuses dans le nord du département et les départements limitrophes ».
« Il ne faut pas se dissimuler que les populations les accueillent avec plaisir, d’abord parce qu’une main d’œuvre supplémentaire est toujours la bienvenue à la campagne, ensuite parce que chacun est heureux d’empêcher ces jeunes d’aller en Allemagne ».
« J’ai envoyé le commissaire aux Renseignements généraux de la Loire-Inférieure et tous ses inspecteurs dans le nord du département pour déceler s’il n’y avait pas d’organisation permettant aux réfractaires d’échapper collectivement à la loi. Les résultats des nombreuses enquêtes effectuées me permettent d’assurer qu’il n’existe dans le département aucun point de rassemblement de réfractaires » (Préfet, 1/07/43).
Le préfet craint la constitution de ce que l’on commence à appeler les « maquis ». En juin 1943 il n’y en a pas en Loire-Inférieure où la topographie se prête mal aux refuges naturels d’ampleur, mais les jeunes qui expérimentent la clandestinité dans les fermes amies seront bientôt prêts, pour certains seulement, à rejoindre les groupes de résistance déjà actifs dans les campagnes, surtout au nord du département, quand ceux-ci auront besoin de bras pour préparer des terrains de parachutage, récupérer et cacher des armes.
La distribution des cartes d’alimentation par la gendarmerie, mise en place par Laval pour obliger les jeunes soumis au STO à se manifester, ne fonctionne pas dans les campagnes les réfractaires étant assurés, comme le reconnaît le préfet, de trouver à manger dans les fermes et villages. Effet pervers pour Vichy, en créant une complicité réfractaires / paysans le STO pousse ces derniers vers la dissidence.
L’opposition au STO, particulièrement forte dans l’arrondissement de Châteaubriant, ravive chez le sous-préfet de l’endroit, R. Manescau, une mémoire sensible de la région :
« Devant la disparition des jeunes gens appelés à partir en Allemagne il y a tout lieu de penser que l’on se trouve en présence d’une résurrection spontanée du vieil esprit chouan qui a durant si longtemps, pendant la Révolution et le 1re Empire, brûlé si ardemment dans toute la région, dressant la jeunesse tout entière contre l’idée de la conscription et la faisant se cacher, réfractaire, dans la campagne environnante » (25/06/43).
Aujourd’hui ce n’est plus contre la République mais contre les promoteurs de la Révolution nationale, sa négation, que les descendants des Chouans se révoltent.

| Comment la propagande justifie la présence d’une main d’œuvre française (prisonniers, requis de la Relève et du STO) en Allemagne. Brochure distribuée dans le département. (Coll. part.) |
Pour mettre la main sur les réfractaires, police et gendarmerie organisent des rafles. C’est le cas à Guéméné-Penfao le dimanche 8 août à la sortie de la messe du dimanche. À Nantes une rafle de grande envergure est menée à l’initiative du préfet Bonnefoy (installé le 1er août) dans les cafés, les rues, à la sortie des cinémas le 27 août. 150 jeunes en situation irrégulière sont contrôlés mais 15 seulement sont arrêtés et conduits au château. Les Allemands procèdent aussi à des rafles, avec beaucoup moins de ménagements : à Pierric une jeune réfractaire est tué par une patrouille allemande alors qu’il tentait de fuir.
Le président du Groupe Collaboration, C. Martin, propose au préfet Dupard qu’à défaut de prendre les réfractaires on sanctionne leurs familles. Le préfet se contente d’appliquer les consignes du gouvernement qui préconisent des amendes contre ceux qui hébergent des réfractaires. Mais en exigeant des gendarmes et policiers débordés de lui envoyer, pour chaque cas, un procès-verbal « relatant les circonstances de l’arrestation des réfractaires et de me faire toutes propositions utiles sur l’opportunité d’infliger des amendes » (1/07/43) il assure une quasi impunité aux contrevenants.
Au début de l’été 1943, alors que les Alliés sont victorieux sur tous les fronts et que P. Dupard se prépare à quitter Nantes pour la préfecture régionale de Rennes, l’administration, que l’on a connue zélée vis-à-vis de la Collaboration, n’applique plus que mollement les consignes gouvernementales en matière de STO. Le 25 juin le sous-préfet de Châteaubriant constate : « Aucune sanction sérieuse n’a frappé les réfractaires et les insoumis ». Il rajoute que ceux qui sont partis en Allemagne puis revenus en permission ont refusé de retourner outre-Rhin et n’ont pas été inquiétés.
Le malaise perceptible de l’administration préfectorale frappe aussi ceux qui sont en première ligne pour contrôler, traquer, arrêter les jeunes soumis au STO : les policiers et les gendarmes.
« La police de Nantes a effectué un très gros effort dans la recherche des ouvriers et des jeunes gens qui n’avaient pas répondu à des convocations pour l’Allemagne. Cependant je tiens à signaler que ces arrestations… ont jeté dans l’opinion publique un certain discrédit sur la police française. Même parmi le personnel règne un certain malaise » (Préfet, 1/ 05/43).
Au plus haut niveau on passe même du malaise à la maladie. Le commissaire central de Nantes, Lamberthod, se met en congé maladie au début du mois de février 1943. Il est remplacé par le commissaire Raulet qui s’arrête pour les mêmes raisons au mois de mai. Il faudra aller chercher à Nancy le commissaire Sandras pour avoir un homme en bonne santé à la tête de la police nantaise.
Les relations, souvent de confiance, entre gendarmes et populations rurales, subissent aussi le contre coup de l’application du STO aux paysans : « La population rurale est très remontée contre la gendarmerie. Les paysans se refusent dès à présent à fournir le moindre renseignement aux gendarmes » (Commandant de gendarmerie, 25/06/43). Déjà ici et là quelques gendarmes font preuve de complicité avec les réfractaires et certains entrent même en contact avec la Résistance.
L’onde de choc du STO n’épargne personne pas même les plus fidèles soutiens du régime. Interpellé par les fidèles de son diocèse, le 21 mars 1943, le cardinal Liénart évêque de Lille déclare : « Je ne dis pas que ce soit un devoir de conscience d’accepter le Service du Travail Obligatoire. On peut donc s’y dérober sans péché. Je n’ai pas davantage à conseiller le départ. Nous sommes devant la contrainte ».
L’Assemblée des Cardinaux et Archevêques (ACA) reprend cette idée au mois de mai dans une formulation plus timide voire timorée. Elle explique aux jeunes chrétiens et à leurs familles qu’ils sont : « Soumis à une contrainte… qui ne constitue pas pour eux une obligation de conscience ; s’ils veulent être forts, ils donneront à leur épreuve toute sa valeur rédemptrice, ils seront les soutiens de leurs frères ».
L’évêque de Nantes, Monseigneur Villepelet, qui jusqu’ici à refusé de se prononcer sur la « Relève » et le STO, reprend le texte de l’ACA et l’applique à son diocèse. Le préfet commente :
« Dans ce département très catholique, la position officielle prise par l’Église n’a pas été sans influencer très fortement l’opinion publique. Si tous n’ont pas eu en mains le texte du Message des cardinaux français qui a été lu par Monseigneur l’évêque de Nantes le jour de la fête de Jeanne d’Arc, à la cérémonie organisée en l’église cathédrale, par contre presque tous savent que l’Église catholique considère que ce n’est pas un devoir de conscience de répondre au Service du Travail Obligatoire ».
« Toutefois je tiens à signaler que les autorités ecclésiastiques du département organisent le départ prochain de plus de 150 jeunes séminaristes faisant partie des classes 40, 41, 42 » (1/07/43).
L’évêque de Nantes met un peu d’eau bénite dans son pétainisme pur jus. D’un côté, pour la première fois, il affiche publiquement son désaccord avec une décision du gouvernement confortant les opposants au STO, désacralisant le régime et son chef. D’un autre côté, appliquant la recommandation de l’ACA sur la « valeur rédemptrice » du STO, il envoie ses séminaristes en Allemagne, sans doute dans un esprit missionnaire auprès de leurs camarades, mais aussi peut-être pour se faire pardonner son audace d’avoir transgressé un ordre venu de Vichy, lui qui avait déclaré à plusieurs reprises à propos de Pétain : « Quand un chef commande le devoir des subordonnés est d’obéir ».
Le trouble provoqué dans l’opinion par le STO se répercute à l’échelon politique le plus proche du citoyen : la municipalité.
« Enfin il y a lieu de noter combien s’avère délicat le rôle imparti aux maires. Connaissant les sentiments profonds de leurs administrés ils éprouvent peu d’enthousiasme à faire pression sur ceux-ci dont ils craignent les rancunes tenaces et il y a lieu d’indiquer comme caractéristique de l’état d’esprit actuel le geste des jeunes gens barbouillant de croix gammées, ces jours derniers, la porte de la maison du maire du Petit-Auverné » (Sous-préfet de Châteaubriant, 25/06/43).

| Document de la propagande pour le travail en Allemagne. (Photo, château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes) |
Comme à l’époque des réquisitions pour la « Relève », à l’automne 1942, les demandes ou menaces de démission s’accumulent sur les bureaux des sous-préfets favorisées par la désorganisation des services municipaux après le départ en Allemagne, dans le cadre de la « Relève », et du STO de secrétaires de mairie.
La « résistance passive », pour reprendre l’expression utilisée le 24 juin par le commissaire central de Nantes, de la population, de certains membres de l’administration et de l’Église agace l’occupant : « Les représentants qualifiés de l’autorité allemande manifestent de plus en plus ouvertement leur mauvaise humeur devant le nombre toujours aussi importants de défaillants » (Commissaire des R.G. 29/06/43).
Preuve de cette mauvaise humeur, le recrutement qu’ils opèrent seuls, sans passer par l’administration française, des ouvriers âgés de 18 à 50 ans pour le compte de la « Relève ». Surtout ils prennent l’habitude, à défaut d’emmener les hommes en Allemagne, d’y emporter les machines ayant réchappé aux bombardements des entreprises. En juin, une partie du matériel encore en état des chantiers navals de Saint-Nazaire et des forges de Trignac prend la direction du Reich. Le 30 juillet, alors que la direction de l’usine s’y oppose, un détachement militaire vient charger 132 machines de la SNCASO de Bouguenais dont les ateliers ont été bombardés le 4 juillet. Trente wagons les emportent en Allemagne.
Le 14 septembre suivant, 300 ouvriers qui travaillent à l’entretien de l’aérodrome de Château-Bougon mitoyen de la SNCASO sont emmenés de force à la gare de Bouaye et transportés près de Valognes, dans la Manche, pour remettre en état un terrain d’aviation. Les familles et les autorités françaises ne sont prévenues qu’après coup créant, selon la formule habituelle de nos rapporteurs, « une vive émotion ».
En juillet, les Allemands confrontés chez eux aux bombardements et aux difficultés de ravitaillement s’interrogent sur le bien-fondé du transfert sur leur sol d’une main d’œuvre qu’il faut nourrir, entretenir alors qu’elle pourrait aussi bien travailler pour eux en restant chez elle. Les départs au STO se ralentissent. En août il n’y a qu’uns seul départ (le 16) en Loire-Inférieure. Sur les 250 jeunes désignés, 8 ont répondu à l’appel. Le préfet Bonnefoy commente : « Le développement des événements rend le public de plus en plus hostile aux départs en Allemagne et personne ne se présente plus aux convocations » (12/09/43).
Dans les mois suivants le STO, sans disparaître, va changer de nature. Dans sa version initiale il aura plus contribué à mobiliser les Français contre le gouvernement et à déstabiliser le régime qu’à aider l’effort de guerre allemand. Pendant toute cette période le maréchal Pétain a disparu des analyses d’opinion faites par nos rapporteurs comme si Pierre Laval, son âme noire, attirait vers lui toute la lumière froide de la colère populaire laissant le chef de l’État dans une ombre protectrice. La seule référence à celui qui semble vouloir se tenir en retrait d’une politique unanimement condamnée vient de l’observateur qui suit au plus près les comportements de la population rurale : le commandant de la gendarmerie. Il écrit le 26 juillet :
« Le mécontentement est général contre le gouvernement et la popularité du chef de l’État, qui jusqu’à présent restait entière, est quelque peu atteinte »
« La cause principale de ce malaise est le départ en Allemagne des jeunes gens astreints au service obligatoire du travail. La paysannerie en particulier s’élève contre ce qu’elle appelle la déportation et qui fait que ayant sacrifié une partie de sa jeunesse en 1939 – 40 elle sacrifie le reste maintenant ».
Le mythe Pétain commence à se fissurer dans la partie de la population que le Maréchal avait la plus choyée, sur laquelle il espérait refonder la France et qui lui vouait en retour respect voire vénération. Avec la paysannerie et l’Église sont plongées dans le doute des forces sociales mais, on l’a vu aussi, les structures administratives et professionnelles sur lesquelles le régime s’appuyait encore.

| Au moment où même les plus fidèles soutiens du Maréchal sont saisi par le doute la propagande, par une campagne d’affiches, réactive le mythe Pétain en jouant sur l’image du chef et du patriote qui a fait ses preuves. (ADLA 48 Fi 4) |
« Les gens attendent »
Soumis à un quotidien entêté des urgences de la survie, les Nantais jusqu’alors résignés à une patience accablée d’espoirs de victoire régulièrement déçus mais toujours renaissants, vont enfin pouvoir abandonner les territoires mouvants du doute et imaginer leur avenir dans un pays libéré. Sur les champs de bataille l’été 1943 confirme les promesses du printemps. Après la capitulation de l’armée de von Paulus en février et la contre offensive soviétique qui l’a suivie, après la libération de l’Afrique du Nord en mai, Russes, Américains, Anglais continuent leurs marches victorieuses.
« L’opinion publique reste indifférente aux phases de la guerre du Pacifique » (Sous-préfet de Saint-Nazaire, 28/04/43). Par contre les opérations militaires en Méditerranée et en Russie « sont toujours suivies avec beaucoup d’intérêt » (Préfet, 1/05/43) et provoquent excitations, rumeurs.
La libération de l’Afrique du Nord (13 mai), le débarquement en Sicile (10 juillet) suivi de celui sur la péninsule italienne (3 septembre) sont autant de succès qui font naître, à chaque fois, des sentiments ambivalents dans l’opinion.
D’une part elle aspire à une fin rapide des hostilités : « Dans sa grande majorité l’opinion s’attend de plus en plus à la capitulation très prochaine de l’Italie ; certains considèrent que la chute de l’Allemagne suivra assez rapidement et que la guerre sera terminée en Europe dès l’automne prochain » (Commissaire des R.G. 1/08/43). Après la capitulation de l’Italie le 8 septembre : « On envisage désormais la fin très prochaine de la guerre » (Commissaire des R.G. 12/09/43).
D’autre part on se persuade que le chemin qui conduit à la victoire passera par la région à l’occasion d’un débarquement attendu et craint. En mai, alors que l’on évoque un débarquement en Sicile : « Certains redoutent une action du même genre sur les côtes normandes ou bretonnes » (Commissaire central, 21/05/43). Un mois plus tard : « Beaucoup dans cette région craignent une attaque sur les côtes de l’Atlantique » (Commissaire des R.G. 29/06/43). En septembre : « Quand au débarquement sur les côtes françaises qui il y a deux mois paraissait être sorti des préoccupations de l’opinion publique il est de nouveau envisagé avec de plus en plus d’acuité » (Préfet, 3/09/43).
Balançant sans cesse entre l’espérance joyeuse d’une victoire qui se dessine et l’angoisse des combats qui l’accompagneront la population soumise au rythme changeant de ses émotions attend dans la fièvre que demain réponde à ses désirs incertains : « L’opinion publique passionnée par les événements extérieurs est de plus en plus impatiente d’une victoire anglo-saxonne et d’un retour à la paix. Cette impatience devient parfois de l’énervement, se manifeste partout et notamment dans la classe ouvrière qui extériorise plus facilement ses sentiments ».
« Les gens attendent quelque chose et il est à craindre que cette nervosité ne fasse qu’augmenter dans les mois à venir. C’est à ce moment-là que se posera plus particulièrement dans mon département la question du calme et du maintien de l’ordre » (Préfet, 3/09/43).
L’impatience de la classe ouvrière est partagée par tous après tant d’années de guerre mais, dans certains groupes sociaux, elle est tempérée par la qualité du vainqueur possible : « La puissance militaire russe qui s’affirme de plus en plus et que contient à grand peine l’armée allemande inquiète sérieusement la classe bourgeoise et la paysannerie qui souhaitent une victoire anglo-saxonne mais non une victoire soviétique » écrit le commissaire des Renseignements généraux le 22 août. Quelques semaines plus tôt il avait fait remarquer que les milieux bourgeois « devant les succès répétés des bolcheviks seraient désolés de l’effondrement rapide de la résistance allemande » (3/08/43).
Sous l’emprise d’un anticommunisme encore bien ancré la population tente de conjurer les conséquences possibles d’une défait souhaitée de l’Allemagne en imaginant des scénarios parfois étonnants.
« Personne en dehors des communistes n’a de sympathie pour l’URSS et tous ceux qui forment des vœux pour le succès des Alliés espèrent fermement que les Soviets seront écartés à temps pour éviter la bolchevisation de notre pays. Le massacre des officiers polonais de Katyn[1] n’a modifié en rien le point de vue des adversaires de l’Allemagne bien qu’une réprobation unanime se soit manifestée lorsque l’exactitude du fait a été établie » (Commissaire des R.G. 29/06/43).

| La propagande allemande utilise abondamment la découverte des charniers de Katyn et Vinnitsa dans des campagnes mêlant antibolchevisme, et antisémitisme. (Coll. part.) |
« L’opinion la plus souvent émise est que si l’Allemagne était vaincue par la Russie et si l’armée soviétique conservait assez de vigueur pour tenter l’invasion totale du continent européen, l’Amérique et l’Angleterre s’opposeraient par la force à cette mainmise sur l’Europe » (Sous-préfet de Saint-Nazaire, 20/05/43).
« Malgré les succès remportés par les Bolcheviks, la majorité de nos concitoyens pense que l’armée allemande n’est pas sur le point de s’effondrer sur le front de l’Est. On croit plutôt que l’Allemagne, même si le Führer disparaissait continuerait à maintenir la poussée russe à l’Est, au détriment s’il le fallait des autres fronts. Certains vont même jusqu’à dire que devant le péril communiste l’Allemagne ferait appel aux Anglais et aux Américains pour éviter l’occupation et la bolchevisation du pays » (Commissaire central, 25/08/43).
Impatiente ou inquiète la population est à l’écoute de toutes les nouvelles qui proviennent des champs de bataille et les commente abondamment. En ces temps de propagande effrénée chacun est entraîné à la sélection et à la critique des sources d’information :
« La radio nationale est peu écoutée ; par contre la radio britannique très écoutée jouit d’un crédit certain dans l’opinion » (Commissaire de Renseignements généraux, 29/06/43).
« La presse locale est lue pour ses informations concernant le ravitaillement et pour ses informations nantaises » (Préfet, 3/09/43).
On n’accorde aucun crédit aux articles consacrés à la situation internationale mais on les lit pour le plaisir de comparer à ce qu’annonce la radio et surtout de jouir de la mauvaise foi embarrassée du propagandiste, il y a peu si sûr de lui, et qui sait que la partie est perdue. « Devant les succès plus précis des Alliés sur l’ensemble des fronts toute la presse locale et régionale s’efforce de minimiser les conséquences qui peuvent en résulter ; elle met en relief l’étendue des territoires toujours occupés par l’Allemagne » écrit le commissaire des Renseignements généraux le 8 août et il conclut que cela « a provoqué quelque amusement ».
La réorganisation de la Résistance
« L’opinion publique suit également avec beaucoup d’intérêt toutes les nouvelles qui paraissent dans la presse ou qui sont données par la radio française ou étrangère au sujet de la discorde Giraud / de Gaulle. Il semble que l’autorité de ces deux généraux ait un peu diminué du fait qu’ils ne sont pas arrivés à s’entendre » (Préfet, 1/07/43).
À Londres, à Alger, en France la Résistance jette les bases d’un nouvel État appelé à se substituer à « la légalité illégitime de Vichy » (H. Rousso). Il a son organisme représentatif de tous les mouvements de résistance actifs sur le sol français, le Comité National de la Résistance (CNR) mis en place par Jean Moulin en mai 1943 et son exécutif fondé par de Gaulle (3 juin) le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) installé à Alger. Mais la fusion entre les hommes de Londres (de Gaulle) et ceux d’Alger (général Giraud) installés par les anglo-américains est difficile à réaliser les « giraudistes » restant proches de l’idéologie de la Révolution nationale rejetée par de Gaulle partisan de la République.
La « dyarchie » à la tête du CFLN, qui durera jusqu’au 2 octobre 1943 quand de Gaulle l’emportera sur Giraud, trouble les Nantais mal informés d’autant que « la propagande allemande exploite toujours habilement les divergences de vue » (Commissaire des R.G. 29/06/43) entre les deux camps.
Le CFLN n’est que la partie visible par l’opinion d’un vaste ensemble né de la réorganisation de la Résistance. De nombreux services ont été créés pour étendre, renforcer l’action de la Résistance en France et la coordonner avec les Alliés. En Loire-Inférieure les réseaux de résistance non communistes se fédèrent autour de Libération-Nord. À l’imitation du CFLN d’Alger le département à son Comité Départemental de Libération (CDL) et son Armée Secrète (AS) qui ne fait pas de lutte armée contre l’occupant mais se cantonne à des opérations de renseignements, de récupération d’armes parachutées, d’exfiltration de soldats et agents alliés.
Cette activité résistante clandestine échappe à nos rapporteurs habituels qui ne signalent que les manifestations visibles du grand public et capables de le faire réagir. C’est le cas le 14 juillet quand, à l’appel de la radio de Londres, environ 3 000 Nantais, selon les Renseignements généraux, se rassemblent vers 20 h. dans le centre de la ville rue Crébillon et rue d’Orléans. Quelques groupes chantent La Marseillaise, d’autres lancent des cocardes tricolores avant d’être dispersés par la police.

| Drapeau en papier accroché à Nantes le 14 juillet 1943 par des résistants communistes. (ADLA 1673 W 84) |

| Papillon communiste appelant à manifester à l’occasion du 14 juillet. (ADLA 1673 W 84) |
La traque des résistants est toujours menée de façon impitoyable et terriblement efficace par la police française et la Sipo-SD allemande. Les responsables des différents mouvements et surtout ceux des nouveaux organismes dirigeants (CDL, AS) sont arrêtés au bout de quelques mois, torturés et déportés sans autre forme de jugement. C’en est fini des procès à grand spectacle qui transformaient les « terroristes » en martyrs.
Ainsi le 13 août, 16 des résistants FTP arrêtés en janvier et février 1943 par la police française sont jugés à Nantes par un conseil de guerre allemand sans avoir pu recourir à des défenseurs français et sans même que l’administration française ait été prévenue. Après un simulacre de procès 13 résistants sont condamnés à mort et exécutés. Deux autres sont déportés en Allemagne où ils seront guillotinés à la prison de Stuttgart le 20 novembre 1943. Le préfet signale dans son rapport que « l’opinion a été très émue » et que « les milieux ouvriers et plus particulièrement les familles des fusillés qui appartiennent à ces milieux reprochent véhémentement à la police de sûreté française d’avoir procédé à ces arrestations » (3/09/43).
L’émotion va bien au-delà des milieux ouvriers et des clivages traditionnels. Comme ce fut le cas lors du procès précédent, en janvier, les corps des fusillés sont dispersés dans les cimetières de communes rurales à la périphérie de Nantes. À Saint-Mars-du-Désert les tombes des quatre FTP enterrés là « ont été fleuries et à la demande d’habitants de la commune un service religieux a été célébré le 8 septembre » (Commissaire des R.G. 12/09/43). Le 14 septembre un autre service funèbre est célébré à la basilique Saint-Donatien de Nantes à la mémoire de Charles Aubert, responsable régional des jeunesses communistes, fusillé avec ses camarades le 25 août : « La cérémonie s’est déroulée au milieu d’une grande affluence » (Commissaire des R.G. 19/09/43).
Pour mettre fin à ces émotions populaires sur les tombes des victimes de la répression vichyste et nazie les autorités d’occupation choisissent désormais d’éliminer les résistants arrêtés dans la nuit et le brouillard d’un camp de concentration lointain.
Après l’exécution des FTP jugés le 13 août, des lettres émanant de la résistance communiste sont envoyées à plusieurs commissaires de police, au procureur de la République et au gardien chef de la prison leur enjoignant de « cesser de faire les valets de l’Allemagne et menaçant ceux qui commettraient des sévices sur les patriotes » (Préfet, 3/09/43).
Avec la perspective de la victoire l’air de la revanche porté tantôt par des résistants, tantôt par des citoyens exaspérés monte de l’ombre et court le Pays nantais. La peur commence à changer de camp.
Sont visés les maires et les gendarmes jugés trop vichystes. « Qui suit Vichy suit les Boches » reçoit par lettre postée le commandant de la gendarmerie de Saint-Philbert-de-Grandlieu le 26 juin. Visés aussi les collaborateurs et les profiteurs du marché noir. À Varades, à Belligné, à Nantes des croix gammées sont peintes sur les habitations de personnes réputées avoir des sympathies pour les troupes d’occupation avec parfois ce commentaire : « Nous aurons la victoire et toi la corde au cou ». Dans la région d’Ancenis, quelques partisans du Groupe Collaboration reçoivent par la Poste de petits cercueils contenant une hache et une corde miniatures.
La répétition de ces incidents annonce des lendemains de victoire fratricides. Le commissaire des Renseignements généraux résume, le 22 août, l’état d’esprit de ceux qui ont choisi le camp du vainqueur de 1940 :
« Une certaine inquiétude se manifeste parmi ceux qui ont exprimé de la sympathie à l’égard de l’Allemagne ou qui ont entretenu des relations avec les Allemands. Certains même qui ont simplement affirmé leur loyalisme à l’égard du gouvernement du Maréchal se demandent ce qu’il adviendrait d’eux en cas de victoire totale des Alliés ».
L’activisme des Francistes
Cet état d’esprit se répercute sur la vie des partis collaborationnistes à l’exception notable du parti Franciste :
« Les partis dits nationaux ne jouissent d’aucun crédit parmi la population et leurs efforts de recrutement de nouveaux adhérents restent vains. Il apparaît que les récents événements extérieurs auraient fait naître chez certains la crainte d’une victoire alliée et on signale que des adhésions ne sont pas renouvelées » (Commissaire des R.G. 29/06/43).
La Milice ne sera autorisée en zone Nord qu’à partir du 27 janvier 1944 mais dès sa création par Laval le 30 janvier 1943 des hommes de confiance ont été chargés d’en recruter les cadres. C’est le cas en Loire-Inférieure du colonel Boudot, vice-président du Groupe Collaboration. La nouvelle donne militaire complique sa tâche : « Plusieurs anciens officiers qui lui avaient promis d’apporter leur concours actif et personnel dans la constitution des cadres de la milice et avaient même donné leur adhésion sont revenus sur leur décision et devant l’incertitude du moment ont voulu rester en dehors du mouvement » (Commissaire des R.G. 2/06/43).
Le même commissaire Sorgniard juge le PPF « en régression ». Le RNP n’a plus que 30 adhérents dans le département en juillet. Le Groupe Collaboration maintient difficilement ses effectifs proches du millier en 1942. Ses manifestations habituelles ont moins de succès. Sa grande kermesse annuelle dans le parc de Chavagnes au profit de la LVF prévue le 11 juillet avec la participation de F. de Brinon et du journaliste de Radio-Paris, Jean Hérold-Paquis, est annulée et repoussée à une date ultérieure par crainte d’un attentat communiste. « La population nantaise dans sa grande majorité hostile à ce groupement s’est réjouie de ce contretemps » (Préfet, 3/09/43). La kermesse se déroule le 25 juillet en présence de 2 000 personnes mais, note perfidement le préfet Bonnefoy : « Les membres de l’armée d’occupation en uniforme formaient les trois quarts de cette assistance » (3/09/43).
À la tête du Groupe Collaboration Charles Martin est critiqué pour sa gestion financière douteuse et le mouvement, miné par les rivalités internes, est sur le déclin.
Le seul mouvement collaborationniste à maintenir une grande activité en dépit du changement de conjoncture est celui qui rassemble les militants les plus jeunes et les plus radicaux : le Parti Franciste.
Très présents sur la côte (La Baule) et à Nantes : « Les membres du Parti Franciste qui sont en uniforme et qui sont composés presque uniquement de tout jeunes gens, vendent leur journal à la criée et se croient devenus les maîtres de la rue » (Préfet, 1/07/43).
Dans la ville où ils paradent ils s’en prennent à tout ce qui rappelle la République déboulonnant les plaques de rue, barbouillant ou détruisant les statues et surtout agressant les jeunes patriotes qui portent à la boutonnière l’effigie de Marianne découpée dans une pièce de monnaie, n’hésitant pas à les poursuivre jusque chez eux et à molester les membres de leur famille.
À partir du printemps 1943 la population nantaise qui jusqu’alors condamnait leurs agissements sans oser répliquer change d’attitude. Ce sont les jeunes, des étudiants (de Clemenceau, Livet, l’IPO, l’École de commerce) qui sont les premiers à répondre aux provocations de ces fascistes de leur âge qu’ils ont parfois côtoyés sur les bancs du collège ou du lycée.
En avril, mai, juin des altercations nombreuses, parfois plusieurs jours de suite, sont l’occasion pour les jeunes patriotes regroupés à 100 ou 200 de pourchasser les Francistes par les rues, de défiler dans la ville où ils s’en prennent aux devantures des partis collaborationnistes, de reprendre possession de l’espace public jusque-là réservé aux défilés de l’occupant et aux manifestations de ses sympathisants.

| Mariannes découpées dans des pièces de monnaie et montées sur une épingle pour être portées au revers du veston. (ADLA 1693 W 80) |
Suivant l’exemple des jeunes la population plus âgée relève la tête elle aussi. Le 9 mai, lors d’une kermesse organisée dans le parc de Procé, afin de rassembler des fonds pour aider les populations sinistrées de Sedan et de Saint-Nazaire, une trentaine de Francistes font irruption dans la fête en uniforme et au pas cadencé. Face au public d’où s’élève un grondement réprobateur ils effectuent un salut fasciste. C’en est trop. Une dizaine de personnes se rue sur eux et les oblige à quitter les lieux sous les huées et une grêle de pierres, de mottes de terre lancées par des Nantais fiers de tenir leur revanche.
Les Francistes sentant qu’ils perdent le contrôle de la rue nantaise en appellent, eux les partisans de la force sur le droit, à la protection des pouvoirs publics accusant au passage la police d’être complice de leurs agresseurs.

| L’activisme des Francistes : ce tract du RNP annonçant la projection d’un film allemand a été distribué dans les rues d’Ancenis par les Jeunes Francistes, garçons et filles, en uniforme. Venus de Nantes ils campèrent au bord de la Loire le temps de leurs opérations de propagande dans la région. (ADLA 1693 W 107) |
En août et septembre ils continuent leurs provocations à La Baule et dans les petites villes de la presqu’île guérandaise où, là encore, des personnes réagissent vigoureusement obligeant même l’occupant à intervenir pour rétablir l’ordre. Le sous-préfet de Saint-Nazaire commente : « La population témoigne de plus en plus une profonde antipathie à l’égard des francistes dont beaucoup sont des gens tarés et de réputation détestable » (25/08/43).
La reconquête progressive de l’espace public contre les collaborationnistes, très minoritaires certes mais craints, révèle une prise de confiance de la population. Après l’humiliation de l’Occupation et les compromissions de la Collaboration le rejet du gouvernement est total. Fait nouveau, le monde paysan aiguillonné par le STO bascule lui aussi dans l’opposition au régime. L’image longtemps respectée du maréchal Pétain, devenue lointaine et trouble depuis quelques mois, se dégrade y compris dans les milieux les plus fidèles, même si le lien affectif irrationnel n’est pas coupé et rend possible, à l’occasion, des retours en grâce.
C’en est fini de la résignation de la défaite. Malgré les pesanteurs du quotidien (ravitaillement, alertes aériennes), puissantes forces d’enlisement de l’esprit qui retiennent de s’engager aux côtés des résistants, les succès alliés permettent d’apercevoir l’horizon de la Libération… mais aussi des représailles.
Dans l’excitation provoquée par la rumeur des ondes on attend un événement décisif. Lequel ? On ne sait pas très bien.
[1] En avril-mai 1940 plus de 4000 officiers et personnalités polonais sont exécutés par la police politique de l’URSS et enterrés dans la forêt de Katyn. Le charnier est découvert en 1943 par les Allemands qui l’utilisent aussitôt pour leur propagande. L’URSS nia longtemps sa responsabilité dans le massacre avant de la reconnaître en 1990.
