« Ecologie de la Vallée du Don en amont de Guémené-Penfao » présente des extraits d’articles ayant trait à la faune et la flore des coteaux silicicoles de la vallée du Don en amont de la commune de Guémené-Penfao, notamment sur le site des Rocs de Gascaigne.
Les Rocs de Gascaigne (vallée du Don à l’amont de Guémené-Penfao)
Circuit Pédestre, VTT des Rocs de Gascaigne Guémené-Penfao
Cette belle petite balade à pied de 2.5 km vous fera découvrir ce bel espace naturel sensible sur les coteaux de la vallée du Don à Guémené-Penfao. Restez bien sur le sentier, pour protéger durablement de cet environnement remarquable.
Venant de l’est de la Loire-Atlantique, le Don s’est frayé un chemin au milieu des schistes ardoisiers, créant une vallée sauvage et escarpée. Ce site d’une superficie de 30 hectares acquis en 1998 par le Département est composé majoritairement d’un boisement de pins, il présente néanmoins des habitats rares et remarquables et une faune spécifique qui s’est adaptée au milieu dont 3 habitats inscrits à la Directive Européenne.
Il s’agit de pelouses pionnières acidiphiles, dominées par les mousses et lichens sur les rebords de falaise, de micro-tourbières dans les replats de falaises et de landes sèches, sous la pinède.
Au détour d’un chemin, vous pourrez croiser différents insectes, dont le lucane cerf-volant, de nombreuses espèces de libellules, des oiseaux, comme le Pic épeiche, que vous pourrez entendre, ou plus rare le Pic vert.
Vous aurez peut-être même la chance d’entendre une chouette hulotte qui niche sur le site dans les arbres creux. A l’automne, vous pourrez observer la bruyère violette.
https://tourisme-pays-redon.com/itineraire/circuit-des-rocs-de-gascaigne

ANALYSE FLORISTIQUE ET DYNAMIQUE DE LA VEGETATION DES COTEAUX SILICICOLES ET DE LA VALLEE DU DON (GUÉMÉNÉ-PENFAO, LOIRE-ATLANTIQUE) François GABILLARD
MAI 2001 E.R.I.C.A. NUMERO 15
https://www.cbnbrest.fr/pmb_pdf/erica_15_2001_22969.pdf
La vallée du Don en amont de Guémené-Penfao offre un paysage remarquable du nord de la Loire-Atlantique. La rivière circule entre des zones inondables d’étendue variable, et des coteaux schisteux et gréseux (ordovicien) plus ou moins escarpés. Ce relief complexe est à l’origine d’une multiplicité des habitats sur une surface réduite : pinède, landes silicicoles, boisements feuillus plus ou moins humides, prairie inondable.
Le site est classé en Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique de type I car il abrite des espèces végétales localisées à caractère parfois méridional. Les inventaires étant anciens et un incendie en 1976 ayant pu perturber la composition de la végétation, la Direction Régionale de l’Environnement des Pays-de-la-Loire a demandé un diagnostic écologique visant une meilleure connaissance de la flore, de la dynamique de la végétation et la définition de mesures de conservation adaptées.
Cette étude a fait l’objet d’un mémoire de Maîtrise des Sciences et Techniques Aménagement et Mise en Valeur des Régions (Université de Rennes I).
L’auteur expose ici quelques éléments relatifs à la typologie des formations végétales, à l’inventaire botanique et à l’analyse de la dynamique de la végétation.
CONCLUSION
Ce document montre que le secteur étudié possède un patrimoine naturel intéressant sur le plan écologique et paysager, une mosaïque de milieux s’organise sur une surface réduite au relief accidenté.
Sur le plan botanique, beaucoup d’espèces sont peu communes en Loire-Atlantique et, parfois, en limite d’aire de répartition.
Les formations végétales les plus intéressantes sont les pelouses pionnières xérophiles, les landes xérophiles à asphodèle, les groupements xérophiles à chasmophytes, le fourré sylvatique méso-hygrophile, la prairie méso-hygrophile.
Plusieurs processus tendent à réduire la biodiversité de certaines stations.
Sur les secteurs où la pédogenèse est suffisamment active, la fermeture des landes entraîne une banalisation de la flore en favorisant les chaméphytes et phanérophytes sur les herbacées et thérophytes thermo-xérophiles. Etrépage et débroussaillements ponctuels peuvent freiner cette évolution.
Dans les boisements humides rivulaires, une extension des nitrophytes au détriment d’espèces moins courantes est perceptible. Seule une action durable de réduction des fertilisants azotés chimiques et organiques à l’échelle du bassin versant du Don peut améliorer la qualité des eaux.
L’exploitation en prairie de fauche extensive est indispensable à la conservation du cortège floristique de la prairie méso-hygrophile.
Quelques aspects extraits de l’étude de François Gabillard :
1.1. Les formations de landes
Les landes occupent le coteau schisteux de la rive nord. Elles sont classées en d’assez nombreuses formations plus ou moins xérophiles en fonction de la profondeur de sol (0 à 50 cm), facteur qui détermine en partie leur capacité de rétention de l’eau.
Lorsque la roche affleure sous forme de diaclases, la flore est diverse et typique des landes thermo-xérophiles silicicoles (herbacées : Micropyrum tenellum, Teesdalia nudicaulis, Sedum anglicum, Anthoxanthum aristatum …, Bryophytes : Grimmia laevigata, Hedwigia ciliata, Campylopus introjlexus …, Lichens : Cladonia sp. (Au moins 16 espèces), Umbilicaria pustulata. … ).
Plusieurs variantes se différencient essentiellement par les espèces dominantes et sont très imbriquées :
• le groupement xérophile à chasmophytes : sur falaise héliophile où dominent Umbilicaria pustulata, Rumex acetosella et Micropyrum tenellum,
• la pelouse pionnière xérophile : taux de recouvrement important de la roche nue (autour de 30 %) et de la strate bryolichenique (autour de 50%),
• la lande xérophile à asphodèle blanc : groupement pionnier plus évolué que le précédent, dominé par des thérophytes et Asphodelus albus,

• la lande xérophile à genêt à balai : le sol squelettique ne permet pas à Cytisus scoparius de former une structure dense, … la lande xérophile à ajonc d’Europe : vicariante de la précédente mais sur pente souvent plus forte.

Des formations plus pauvres en espèces occupent les sols plus profonds et moins sensibles à la sécheresse estivale.
• la lande xérophile à bruyère cendrée : bien que de richesse spécifique parfois relativement élevée, elle présente une diversité spécifique limitée car les espèces thermo-xérophiles présentes le sont en quantité très réduite. Cette formation occupe de faibles surfaces ce qui est peut-être en rapport avec la sensibilité de Erica cinerea au feu (FORGEARD F., 1977),
• le fourré méso-xérophile à genêt à balai : il se compose d’une couverture dense de Cytisus scoparius sous laquelle les espèces ont souvent un caractère pré-sylvatique (Teucrium scorodonia, Hyacinthoides non-scripta, Digitalis purpurea).
On peut également y trouver un faciès caractérisé par un tapis presque mono spécifique à Hypnum ericetorum,
• le fourré méso-xérophile à ajonc d’Europe : il semble, sur ce site, vicariant du précédent.
1.2. Les formations prairiales
Deux types de prairies sont différenciés selon les conditions stationnelles d’humidité : prairie mésophile et prairie méso-hygrophile.
La prairie mésophile concerne de faibles surfaces. Les espèces y sont banales (Alopecurus pratensis, Anthoxanthum odoratum, Stellaria graminea, Cruciata laevipes …). Sur les secteurs non exploités, elle est colonisée par Rubus gr. fruticosus, Pteridium aquilinum ou Betula pendula.
La prairie méso-hygrophile, périodiquement inondée par le Don, se distingue par un cortège d’espèces typique de cet habitat : Scorzonera humilis, Alopecurus geniculatus, Cirsium dissectum, Carum verticillatum, Carex ovalis, Achillea ptarmica, Orchis laxiflora subsp. laxiflora.
Elles sont principalement utilisées comme prairies extensives de fauche.
1.3. Les formations forestières
Les pinèdes occupent de vastes surfaces. Pinus pinaster, planté pour la sylviculture sur sol brun lessivé, parfois ocre-podzolique, s’est abondamment disséminé. La flore du sous-bois est pauvre, dominée soit par Pteridium aquilinum, soit par Molinia caerulea. On observe parfois une quasi-absence de strates basses.

Les boisements feuillus subsistent essentiellement dans la vallée du Don et sur les pentes des thalwegs. En bordure de rivière se différencient les formations les plus originales par la composition de leurs strates herbacées et bryolicheniques.

Sur la rive sud, une falaise de grès et des éboulis orientés au nord sont dominés par Luzula sylvatica. Les Bryophytes, particulièrement développées et abondantes, bénéficient d’une grande quantité d’eau de ruissellement provenant du plateau sus-jacent et de la forte hygrométrie de l’air entre la rivière et la falaise ombragée.
Elles permettent de différencier deux formations végétales un peu particulières :
• les éboulis sylvatiques à grande Luzule : Dicranum scoparium, Pleurozium schreberi, Leucobryum glaucum, Rhytidiadelphus triquetrus, Plagiothecium nemorale sont associées sur blocs rocheux,
• les groupements à chasmophytes sylvatiques : les végétaux poussent sur la falaise proprement dite. Dans des creux de roches, on trouve des sortes de « microtourbières soligènes ». Les sphaignes, Sphagnum capillifolium, S. quinquejanium, S. submitens s’y développent sur des plaques d’environ 1 m2 et atteignent une épaisseur de 60 cm.
Dès que l’on passe du grès au schiste, Luzula sylvatica disparaît et la flore du sous-bois devient banale (Stellaria holostea, Glechoma hederacea, Arum italicum, Geum urbanum …).
Sur la rive nord, un fourré avec quelques chênes de haut jet présente un gradient d’humidité décroissant lorsqu’on s’éloigne du Don. On distingue le long du gradient :
• le fourré sylvatique méso-hygrophile : Filipendula ulmaria, Sedum telephium, Lysimachia nummularia, Veronica montana, Listera ovata, Mercurialis perennis le caractérisent en zone partiellement inondable. La présence de cette dernière espèce est liée à la neutralité du p.H. du sol au niveau des alluvions graveleuses du Don (p.H. eau de 6,7 alors qu’il est acide sur les autres stations du site, souvent proche de 4,5),
• le fourré sylvatique mésophile : ce boisement est dominé par le châtaignier, Castanea sativa. Le cortège floristique y est assez classique (Anemone nemorosa, Circaea lutetiana, Carex sylvatica …),
• le fourré sylvatique mésophile à ptéridaie : il se distingue par l’apparition de Pteridium aquilinum qui devient de plus en plus abondante alors que la richesse spécifique décroît lorsqu’on s’éloigne du Don et que la pente augmente sensiblement,
• la ptéridaie mésophile : cette formation est fortement dominée par Pteridium aquilinum. L’espèce bénéficie des eaux de ruissellement et de l’accumulation des matériaux d’érosion qui forment un sol assez profond à la base du coteau schisteux (CLEMENT B. & TOUFFET J., 1977).
3.2. L’analyse des transects
L’étude des différents transects analytiques réalisés permet d’établir le transect type de la figure 4. Il représente un modèle de l’organisation des formations végétales la plus fréquente le long du coteau schisteux. Le commentaire suivant s’y réfère.
Ort constate que le fourré méso-xérophile à genêt à balai occupe, de façon assez constante, le sommet et la base du coteau où la pente s’annule. Cette formation affectionne des sols bruns lessivés, de profondeur suffisante (30 à 50 cm) pour maintenir une certaine réserve en eau. Plusieurs observations laissent à penser qu’elle peut précéder directement la pinède dans la succession végétale :
• les sols des deux formations sont assez similaires,
• les cortèges herbacés, peu diversifiés, se ressemblent,
• des bosquets de pins peu âgés existent en bordure ou au milieu du fourré méso-xérophile à genêt à balai,
• la lisière de pinède est souvent un fourré méso-xérophile à genêt à balai.
Ponctuellement, le fourré méso-xérophile à genêt à balai laisse la place à une lande xérophile à genêt à balai. Un pointement rocheux en est le déterminant mésologique et rend ce milieu probablement assez stable, aucune végétation importante ne pouvant s’installer.
Le domaine de la lande xérophile à asphodèle blanc se situe à mi-hauteur où la pente est forte, les affleurements rocheux nombreux et le sol de type microranker très séchant. Comme sur les autres séquences sèches, on peut y distinguer de nombreux faciès.
Le microclimat thermo-xérophile ne permet pas le développement de formations denses. C’est l’intensité de l’érosion qui maintient ces conditions mésologiques drastiques en rajeunissant continuellement le profil pédologique. La possibilité d’accumulation de matériaux organiques et d’érosion, par exemple dans une diaclase assez profonde ou sur un replat rocheux, est une condition préalable à une éventuelle densification de la végétation.

Un exemple de landes intérieures des milieux secs, la lande thermophile à Ciste en ombelle et à Bruyère cendrée, présente à Guémené-Penfao et Moisdon-la-Rivière.
Extraits de « Les landes du Massif armoricain ». « Approche phytosociologique et conservatoire ». 2015
Coordination : Erwan Glemarec, Conservatoire botanique national de Brest.
Direction scientifique : Sylvie Magnanon, Conservatoire botanique national de Brest.
RÉDACTION : Conservatoire botanique national de Brest : Erwan Glemarec, Loïc Delassus, Marie Goret, Hermann Guitton, Marion Hardegen, Cédric Juhel, Pascal Lacroix, Agnès Lieurade, Sylvie Magnanon, Kevin Reimringer, Guillaume Thomassin, Catherine Zambettakis. Société minéralogique et géologique de Bretagne : Max Jonin
Les landes intérieures des milieux secs
Les landes xérophiles atlantiques sont en général des milieux secondaires, issus de l’exploitation de boisements suivie d’un entretien par fauche et pâturage. Elles sont parfois quasi primaires sur les arêtes rocheuses. Ces landes sont présentes sur des rankosols ou des podzosols et sont caractérisées par la présence constante d’Erica cinerea (Bruyère cendrée) accompagnée d’espèces xérophiles diverses (Géhu, 1975a). Il s’agit de landes arides, xérophiles à mésoxérophiles. Elles occupent les crêtes rocheuses sur des sols squelettiques, des secteurs sableux ou des plateaux et falaises avec des sols peu profonds, xériques à mésoxériques.
Elles se trouvent souvent en mosaïque avec des blocs, des pelouses rases et des fourrés d’épineux.
Les cortèges floristiques varient selon :
• les conditions d’aridité des sols ;
• la nature trophique des sols ;
• l’étage topographique ;
• l’aire phytogéographique occupée.
Lorsque ces landes sont cantonnées aux crêtes rocheuses, marquées par des conditions de sécheresse élevée, elles sont le plus souvent paucispécifiques. Les tapis lichéniques peuvent être abondants dans les landes les plus stables. Quand les sommets subissent les intempéries et la présence régulière de pluie, de brume ou de nuages, des espèces sylvatiques et/ ou hygrophiles se développent. Ainsi, certaines phytocénoses de landes xérophiles abritent Vaccinium myrtillus (Myrtille) ou Erica tetralix (Bruyère à quatre angle).
La variabilité des conditions de thermophilie et de continentalité/atlanticité est déterminante pour l’expression des différents groupements de lande. La présence de taxons méditerranéo-atlantiques comme Cistus umbellatus (Ciste en ombelle), d’espèces atlantiques comme Agrostis curtisii
(Agrostide de Curtis) ou hyperatlantiques comme Ulex gallii subsp. gallii (Ajonc de Le Gall) détermine la répartition des syntaxons décrits.
Les pratiques agropastorales sont déterminantes dans les processus de dynamique régressive des landes. Celles-ci conduisent généralement à l’apparition de pelouses. Un piétinement peut se traduire par le développement de pelouses acidiphiles (Toullec, 1997). Une fauche répétée rajeunit la lande et peut favoriser notamment le développement de pelouses oligotrophiles.
La diminution de l’épaisseur du sol à la suite de l’érosion liée au ruissellement ou aux pratiques humaines (écobuage, piétinement du bétail, fréquentation, coupe des ligneux) induit un changement physionomique de la lande haute (où les ajoncs sont abondants) et une dynamique régressive vers une lande basse xérique, le plus souvent à Erica cinerea (Bruyère cendrée). Cette dynamique régressive peut être rapide, notamment au contact de rochers affleurants où le sol est quasi inexistant.
La dynamique progressive des landes, essentiellement au contact de sols plus profonds, se traduit quant à elle par le développement de fourrés à Ulex europaeus subsp. Europaeus (Ajonc d’Europe), Prunus spinosa (Prunellier), Cytisus scoparius subsp. scoparius (Genêt à balai), Crataegus monogyna (Aubépine monogyne) et Juniperus communis, subsp. communis (Genévrier commun).
Les landes xérophiles sont particulièrement exposées aux incendies. Les landes mésohygrophiles le sont également durant l’été. Les végétaux présents sont particulièrement inflammables (Forgeard et Lebouvier, 1991). La dynamique progressive peut ainsi être bloquée par des incendies d’origine naturelle ou anthropique. La végétation qui succédera à l’incendie sera influencée par l’intensité du feu, sa périodicité, sa durée et par sa saisonnalité. Les conséquences des incendies ne sont pas les mêmes selon qu’il s’agit de feux d’humus ou de feux courants. Les feux d’humus peuvent nettement modifier les caractéristiques des sols et la composition floristique après incendie, ce qui n’est pas le cas des feux courants.

Lande thermophile à Ciste en ombelle et à Bruyère cendrée Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae Géhu 1975
Combinaison floristique
Cistus umbellatus (Ciste en ombelle), Erica cinerea (Bruyère cendrée).
Ulex minor (Ajonc nain), Calluna vulgaris (Callune), Agrostis curtisii (Agostide de Curtis).
Physionomie et structure
Il s’agit d’une lande assez basse (hauteur moyenne de la végétation 30 à 35 cm) dont la hauteur dépasse rarement 1 m. La physionomie est marquée par la codominance du Ciste en ombelle et de la Bruyère cendrée.
La végétation phanérogamique est généralement fermée mais laisse la plupart du temps quelques ouvertures (le recouvrement moyen des relevés de Bretagne et Pays de la Loire est de 80 %). La strate bryolichénique est bien développée (recouvrement compris entre 30 et 100 %).
Synécologie
Sur le Massif armoricain, l’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae se développe sur des schistes. Le substrat est grossier (Géhu, 1975b). L’association est héliophile, son optimum de développement se situe en pleine lumière mais elle se maintient en condition semisciaphile en cas de boisement de la lande. Le groupement est également mésoxérophile à xérophile, mésothermophile à thermophile. Il se développe sur des sols peu profonds, de type rankosol ou sol brun acidicline dont la texture est à dominante limoneuse (Géhu, 1975b).
Forme typique et variations typicum Géhu 1975
Cette sous-association se définit par l’absence des espèces différentielles des autres sous-associations. Il s’agit de la seule sous-association présente sur le Massif armoricain. Elle se caractérise notamment par une race thermo-atlantique à Agrostis curtisii.
Cette variation, la plus représentée sur le Massif armoricain, correspond à la composante atlantique occidentale de l’association. […]
Phénologie
La phénologie est étalée dans le temps, d’abord pré-estivale, marquée par la floraison du Ciste en ombelle puis estivale avec la floraison de la Bruyère cendrée et de l’Ajonc nain (Botineau et Géhu, 2005).
Dynamique de la végétation
Selon Géhu (1975b), cette lande mésoxérophile est le plus souvent secondaire. Elle fait suite à la destruction de chênaies thermophiles du Quercion roboris Malcuit 1929. L’auteur évoque également la possibilité de situations primaires dans des secteurs pentus où le rocher affleure. La succession végétale est alors la suivante, du sommet du rocher (roche nue) à la lande : groupements cryptogamiques de lichens et bryophytes sur les rochers, pelouses des Alysso alyssoidis-Sedetalia albi Moravec 1967 puis lande de l’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae sur sol très superficiel.
En situation xérique sur sol squelettique et en l’absence de toute perturbation du milieu, cette lande semble stable ou possède une dynamique progressive très lente.
La dynamique progressive, qui peut être liée à une perturbation (eutrophisation, augmentation de la profondeur de sol), se caractérise par le développement de fourrés à Ulex europaeus subsp. europaeus (Ajonc d’Europe) et Cytisus scoparius subsp.scoparius (Genêt à balai).
La dynamique régressive fait évoluer la lande vers des pelouses de l’Agrostion curtisii B.Foucault 1986 et/ou du Sedion anglici Braun-Blanq. in Braun-Blanq. et Tüxen 1952.
Contacts : Contacts inférieurs : fourrés, landes de l’Ulici minorisEricetum cinereae Delelis-Dusollier et Géhu 1975. Contacts supérieurs : végétations chasmophytiques, pelouses rases et xérophiles des affleurements rocheux. Contacts latéraux/dynamiques : pelouses vivaces de l’Agrostion curtisii et/ou du Sedion anglici, pelouses annuelles du Thero-Airion Tüxen ex Oberdorfer 1957, fourrés à Ulex europaeus susbp. europaeus et à Cytisus scoparius subsp. scoparius, landes xérophiles de l’Agrostio setaceae-Ericetum cinereae (Clément et al. 1978) Géhu, Géhu-Franck et Bournique 1986.
Répartition géographique
L’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae correspond à une lande xérophile à caractère méditerranéo-atlantique. Elle est mentionnée et décrite de Brenne (Rallet, 1935 ; Géhu, 1975b).
D’après Botineau et Géhu (2005), cette lande est présente en Brenne (Indre), dans le sud armoricain et le Confolentais (Charente). Jauzein et Nawrot (2011) mentionnent des stations de Ciste en ombelle dans diverses landes xérophiles du massif de Fontainebleau en Île-de-France dont le statut phytosociologique n’est pas précisé.
Dans le Massif armoricain, la répartition de l’association calque la répartition du Ciste en ombelle. Cette répartition est donc très limitée : sud-est du Morbihan sur les Grées de Lanvaux (Saint-Dolay, Rochefort-en-Terre, Pluherlin, Malansac), sud de l’Ille-et-Vilaine (landes de Cojoux à Saint-Just) et nord de la Loire-Atlantique, sur les coteaux du Don (Moisdon-la-Rivière, Grand-Auverné, Guéméné-Penfao). Les localités armoricaines de l’association constituent sa limite nord-ouest de répartition, illustrée par sa race atlantique à Agrostis curtisii.
Il existe des landes à Ciste en ombelle et Bruyère cendrée dans l’est du Maine-et-Loire qui se développent sur sables décalcifiés, mais elles sont relictuelles. Ces landes restent à étudier afin de les comparer à l’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae.
Elles se situeraient dans l’aire géographique potentielle de l’association entre la Brenne et le sud du Massif armoricain.
Valeur patrimoniale
L’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae est une association végétale rare sur le Massif armoricain mais aussi à l’échelle de l’ensemble du domaine atlantique français.
Cette lande xérophile abrite des cortèges faunistiques (entomologiques et herpétologiques) et floristiques de grand intérêt, comme l’Asphodèle d’Arrondeau ou le Ciste en ombelle.
Le Ciste en ombelle est une espèce de distribution générale atlantique méditerranéenne à aire française très morcelée (Dupont, 1990). Les pelouses oligotrophiles en mosaïque avec la lande abritent des espèces à forte valeur patrimoniale, telles que le Plantain caréné ou Sesamoides purpurascens (Astérocarpe pourpé). Les localisations armoricaines constituent la limite nord-ouest du syntaxon. Tous ces éléments, combinés aux menaces explicitées précédemment, font de l’Helianthemo umbellatiEricetum cinereae un syntaxon à forte valeur patrimoniale dont la préservation est un enjeu fort pour le Massif armoricain.
Menaces
Étant donné le contexte stationnel dans lequel se développe l’association, cette lande semble peu menacée par la mise en culture ou l’urbanisation. Les changements de pratiques agricoles survenus lors des dernières décennies, ayant conduit à l’abandon de la gestion des landes par fauche ou à l’arrêt du pâturage des coteaux, peuvent constituer une menace. Certains secteurs où la lande peut être en situation primaire (notamment à proximité d’affleurements rocheux) semblent préservés de cette menace liée la dynamique progressive.
La plantation en résineux, valorisation économique de ces milieux, constitue en revanche une menace forte. L’enrésinement menace un grand nombre de landes de l’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae, notamment dans le Morbihan et la Loire-Atlantique (secteurs de Saint-Dolay, Moisdon-la-Rivière, Guéméné-Penfao, Pluherlin et Rochefort-en-Terre).
Gestion
La gestion traditionnelle des landes xérophiles, lorsqu’elles étaient exploitées et intégrées à l’économie rurale, consistait en un pâturage extensif et une fauche avec récolte. Faute de rentabilité, cette gestion agro-pastorale est aujourd’hui abandonnée, le plus souvent remplacée par un enrésinement ou un abandon. Les landes de l’Helianthemo umbellati-Ericetum cinereae doivent donc faire l’objet d’une gestion conservatoire et de mesures de restauration lorsque cela est nécessaire.
Dans les sites en bon état de conservation, étant donné la faible dynamique progressive, l’intervention doit être très minime, voire inexistante. Les landes enrésinées ou fortement embroussaillées doivent quant à elles être restaurées par la coupe des ligneux et par le débroussaillage avec exportation.
Il existe peu de retours sur la gestion de l’Helianthemo umbellatiEricetum cinereae. À noter que, sur la commune de GrandAuverné, l’association Bretagne vivante – SEPNB a organisé et suivi, en 1999, un chantier de réouverture de la lande par la coupe avec exportation du Genêt à balai et de Pinus pinaster (Pin maritime). Ce dernier se ressème et la réouverture de la lande serait à reprendre aujourd’hui.
