Au pays nantais sous l’Occupation 1940-1944 Jean Bourgeon … (XII)…

Automne 1944

Automne 1944

Plan photographique de Nantes au 1/50 000e réalisé en août et septembre 1944. Les zones claires au centre de la ville correspondent aux comblements en cours de la Loire et de l’Erdre et aux quartiers bombardés (rue du Calvaire, place Royale, quai de la Fosse). On remarque aussi de nombreux impacts de bombes autour des axes ferroviaires. Tous les ponts sur la Loire sont coupés. (Photo, château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes) 

Pendant quatre ans la population de la Loire-Inférieure a attendu la Libération. Après l’espoir d’une délivrance rapide, vite déçu, vint le temps du doute, sans que soit remise en question l’adhésion à la cause des Alliés, puis l’espérance réapparut, fragile, teintée, submergée parfois par la lassitude, l’inquiétude, l’angoisse et, à l’approche de la délivrance, l’exaspération. À la peur des combats, bombardements, destructions accompagnant le retour de la guerre, se joignit celle des représailles, voire de la guerre civile. L’Occupation a causé des dégâts matériels, humains, moraux. Pour faire face aux échéances immédiates du quotidien chacun s’est « débrouillé », certains plus que d’autres et les verrous de la morale ont sauté, le tissu social s’est déchiré, la rivalité ville-campagne s’est ravivée. Beaucoup peuvent craindre dénonciation, vengeance et de la part des nouveaux maîtres, les résistants, une justice expéditive. Une Résistance mal connue et envers qui on a longtemps hésité entre solidarité et réprobation. Une Résistance derrière laquelle beaucoup voient le communisme perçu dans cette région par la grande majorité comme le « danger bolchevique ». Le parti communiste  ne va-t-il pas profiter de la confusion du moment pour prendre le pouvoir ou du moins essayer ?

 N’a-t-il pas déjà, à ce qu’on dit, mis la main sur le « comité d’Alger » devenu Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF). De Gaulle, dont la voix depuis 1940 à la Radio de Londres portait l’espérance de la Libération, saura-t-il s’imposer aux communistes, aux FFI pour rétablir l’ordre ? Beaucoup en doutaient encore il y a peu.

Maintenant Nantes et Paris sont libérés, mais pas l’ensemble du pays. Le GPRF présidé par de Gaulle s’est installé dans la capitale et a aboli toute la législation de Vichy. Pétain et ce qui reste de son gouvernement continuent leurs intrigues dans un lointain château en Allemagne ; qui s’en soucie encore ? La liberté et la République retrouvées vont-elles lever les incertitudes, les craintes, la chape d’angoisse qui pesaient sur la population à l’été 1944 ?

Nous bornerons cette étude aux premiers mois qui suivent la Libération de Nantes, à cet automne 1944 où commence la reconstruction du pays alors qu’on y règle encore les effets dévastateurs de l’Occupation.

Une première réponse à nos questions est apportée par le commandant de la gendarmerie, le chef d’escadron Lecomte, le seul de nos observateurs à être resté en fonction depuis 1940. Le 15 décembre il écrit dans un rapport :

« L’attitude dans le département peut se résumer ainsi : calme en surface ; dans l’expectative ; attend anxieusement ; très agitée dans le fond par un sentiment d’insécurité, le boche aux portes, le dénonciateur à l’affût, les extrémistes voulant tout bousculer une situation économique ne s’améliorant pas sensiblement. Le froid et le manque de combustible intensifiant la déficience optimiste. On attend beaucoup du gouvernement ».

La « poche »

La « poche »

« Le boche aux portes ». Pour les habitants de la Loire-Inférieure la Libération n’est pas synonyme de paix. Les Allemands pour protéger le port de Saint-Nazaire et sa base sous-marine occupent un vaste territoire, près du quart du département, de l’estuaire de la Vilaine à Pornic sur l’Océan et, reliant ces deux points, borné par un grand arc de cercle qui suit la Vilaine, le canal de Nantes à Brest jusqu’à Blain et de là descend vers la Loire puis le Pays de Retz contournant de près Bouvron, Cordemais, Frossay, Chauvé. Dans cette « poche » 130 000 civils et 32 000 soldats allemands sont pris au piège. La population va y connaître l’isolement, la pénurie, les exactions de l’occupant et les bombardements des troupes d’encerclement. Celles-ci sont composées de bataillons FFI du département et des départements voisins (Maine-et-Loire, Indre-et-Loire, Vendée, Vienne…) soit 16 000 hommes à la fin de l’année 1944 soutenus par quelques unités américaines dont l’objectif est de contenir l’ennemi plus que de l’anéantir. Tout au long de la ligne de front ce ne sont qu’escarmouches et tirs d’artillerie ponctués parfois d’offensives allemandes meurtrières pour desserrer l’étau. Ces combats provoquent des dégâts impressionnants dans les communes limitrophes qu’il faut évacuer. Sinistrés de Fégréac, Plessé, Blain, Fay, Bouvron… viennent grossir les rangs déjà fournis des réfugiés dans les campagnes alentours.

Cette guerre qui continue aux portes de la ville entretient l’inquiétude (le préfet parle même d’angoisse) de la population nantaise qui doute de la capacité des FFI à contenir l’ennemi : « Tout en rendant hommage aux vertus militaires des troupes FFI, la population fait un parallèle entre les moyens dont dispose encore l’ennemi et l’équipement déplorable des troupes françaises qui la contiennent » (Préfet, 10/11/44).

Tout au long de la période observée, la population nantaise vivra la « Poche » comme une épée de Damoclès et n’aura de cesse de réclamer l’intervention des Alliés : « La poche de Saint-Nazaire reste le grand souci de la population… [elle] n’arrive cependant pas à comprendre pourquoi rien n’est fait de la part de ces puissances [les Alliés] en vue de la résolution de la poche de Saint-Nazaire » (Commandant de gendarmerie, 15/12/44).

Un département en ruines

Le commandant de la gendarmerie évoque un autre motif d’anxiété dans l’extrait cité au début de ce chapitre : « Une situation économique ne s’améliorant pas sensiblement ».

Les bombardements, mitraillages, sabotages qui ont précédé et accompagné la Libération, puis les destructions réalisées par les Allemands en se repliant, laissent un département en ruines. Il n’y a plus aucun franchissement de la Loire, le réseau ferroviaire est en partie inutilisable et les routes en mauvais état. Les moyens de transport sont rares, l’ennemi en repli ayant réquisitionné tout ce qui roulait et il n’y a plus de carburant.

L’économie en arrêt jusqu’en septembre reprend timidement ensuite. Les 12 590 chômeurs recensés à la fin de l’été vont être employés à des travaux de déblaiement, de réparation des routes et ponts, de remise en état des ateliers et des machines. En septembre des passerelles sont installées sur les ponts détruits pour le passage des piétons. Les voitures peuvent emprunter celle aménagée sur le pont du chemin de fer de la ligne Nantes-Pornic. Les travaux de reconstruction des ponts sont interrompus à partir de novembre par une crue de la Loire puis la vague de froid qui pétrifie la région. Le 15 décembre le commandant de la gendarmerie dresse un état de l’activité industrielle :

Ouest-France, 22 septembre 1944.

« Les chantiers, usines, fonderies, Indret, Basse-Indre, Mines de la Brutz et d’autres industries secondaires marchent au petit ralenti faute de matières premières, d’électricité ou de charbon. Les grandes industries alimentaires, raffineries, biscuiteries, brasseries, conserveries, commencent à fonctionner avec un minimum d’ouvriers. La presque totalité de la main d’œuvre est employée à la construction des routes et au déblaiement des ruines de Nantes ».

Le manque de charbon, préjudiciable aux industries, prive aussi les Nantais de gaz. Alors, dans cet hiver précoce et glacial : « On continue de constater que des gens de toute classe en sont réduits, pour alimenter leurs appareils de chauffage à prélever du bois de démolition sur les divers chantiers de la ville » (Commissaire central, 24/11/44).

Faute de ciment en quantité suffisante l’usine des eaux n’est pas réparée et les : « habitants ne peuvent trouver de l’eau potable que dans les puits » (Préfet, 10/11/44).

« La pénurie de transports rend de plus en plus angoissante la question du ravitaillement des centres urbains » constate le préfet le 28 décembre. Problème aggravé par le fait que, malgré l’interdiction, les réfugiés reviennent à Nantes s’entasser dans les trop rares logements disponibles.

Nantes est libérée ; Le Phare est devenu La Résistance de l’Ouest (ici numéro du 4 octobre 1944) mais la pénurie continue et même s’accentue avec le retour des réfugiés. 

Le lait, les matières grasses, le sucre, le vin manquent. La ration de viande est honorée (200 grammes par personne et par semaine) et l’on ne fait plus la queue devant les boulangeries mais : « l’augmentation du prix du pain a été mal accueillie. On estime que rien ne justifie cette augmentation qui profitera aux paysans lesquels sont déjà considérés par les populations urbaines comme les principaux profiteurs de la guerre » (Commissaire central, 24/10/44).

L’animosité des citadins envers les ruraux est entretenue, comme pendant l’Occupation, par la perception qu’ont les uns des conditions de vie des autres. Fait-il aussi bon vivre à la campagne que le prétend le sous-préfet de Châteaubriant découvrant son arrondissement : « L’existence matérielle de mes administrés demeure facile et privilégiée sauf toutefois en ce qui concerne le bois de chauffage et quelques produits contingentés tels le sucre et le sel. Encore ces difficultés tiennent-elles à la pénurie des moyens de transport. Elles ne se font d’ailleurs véritablement sentir que dans les centres. Quant aux campagnes elles ne souffrent que de difficultés actuellement générales dans tout le pays. On se plaint particulièrement de la pénurie persistante de pétrole… Ce qui est sans doute le plus à déplorer c’est la persistance d’un esprit égoïste que la Libération n’a pas fait disparaître » (30/11/44).

Le marché noir continue. (Ouest-France, 9 septembre 1944)

Même si la situation militaire et politique a changé, face aux problèmes d’approvisionnement les comportements demeurent :

  • Réticence des agriculteurs : « On constate une résistance des producteurs à livrer leurs impositions au Ravitaillement général » (Préfet, 28/12/44) ;
  • Persistance du marché noir : « Certains commerçants français peu scrupuleux vendent à des prix exagérés aux soldats alliés… [qui, de leur côté] font des trafics avec le tabac, l’essence, le café, le chocolat et le sucre qu’ils vendent très chers et qui ne servent qu’à alimenter le marché noir. Les seuls qui peuvent acheter ces denrées au prix fort sont ceux qui ont amassé une fortune scandaleuse avec les Allemands » (Commandant de gendarmerie, 15/11/44).

La population excédée par les privations qui la touchent et les abus constatés se retourne contre les autorités : « Les services du Ravitaillement général sont toujours sévèrement critiqués par la population qui les rend en partie responsables de la pénurie subsistant » (Commissaire central, 24/11/44). Bientôt le mécontentement prendra une forme plus violente. Le 29 janvier 1945 une manifestation organisée par l’Union locale des syndicats et l’Union des femmes françaises pour protester contre les carences des services du Ravitaillement et les lenteurs de l’épuration se terminera par le saccage des bureaux de la préfecture.

Les problèmes du ravitaillement font souvent les titres en « chronique locale » d’une presse qui a retrouvé sa liberté de parole. (La Résistance de l’Ouest, 1er décembre 1944 et 28 novembre 1944)

L’épuration

Pour expliquer le sentiment d’insécurité ressenti par la population le commandant de la gendarmerie évoque, dans son rapport du 15 décembre cité plus haut : « Le dénonciateur à l’affût ».

Les débordements qui ont suivi la Libération en août (exécutions sommaires, lynchages, femmes tondues) ont peu à peu cessé mais, en septembre, l’épuration a de la peine à entrer dans un cadre légal. On continue un peu partout dans le département, et cela durera encore plusieurs mois, à dessiner des croix gammées sur les portes des maisons ou les devantures des magasins. Les lettres de dénonciation s’amoncellent sur les bureaux du CDL ou des Comités locaux de libération qui se sont mis en place dans les communes. FFI et FTP perquisitionnent, arrêtent, interrogent, emprisonnent. Beaucoup craignent la dénonciation anonyme qui ferait d’eux un suspect.

Pour accélérer l’épuration et calmer les esprits, les procès pourront se dérouler à Nantes et non plus seulement à Angers. (La Résistance de l’Ouest, 16 octobre 1944)

Le préfet Vincent voudrait que les arrestations et enquêtes ne soient réalisées que par les corps officiellement autorisés. Faute d’effectifs suffisants et pressé par une population qui veut des coupables il ne peut que demander aux justiciers improvisés de respecter les règles élémentaires du droit puis tenter de les placer sous son autorité. Autant de démarches considérées par les intéressés comme une volonté préfectorale de freiner l’indispensable épuration. Jusqu’en novembre on en reste au stade des arrestations et enquêtes car ce n’est que ce mois-là que sont installées les cours de justice, pour juger les collaborationnistes, les profiteurs de guerre (marché noir, entreprises travaillant pour les Allemands…) et les chambres civiques qui jugeront les collaborationnistes de moindre envergure. Les premiers procès ont lieu en décembre.                                     

Dès le début l’opinion se révèle très sévère sur la façon dont l’épuration est menée mais aussi très divisée. Le commissaire des Renseignements généraux rapporte le 15 septembre :

« La masse dans son ensemble continue à critiquer les pouvoirs publics les accusant de mollesse dans la répression et même de complicité à l’égard des collaborationnistes en insinuant également que ce serait comme par le passé, les petits payant pour les autres ».

« Par contre les milieux d’un niveau social plus élevé prétendent au contraire que les services chargés de l’épuration font preuve d’un zèle intempestif ».

Dans les milieux favorisés l’épuration est vue comme une vengeance de classe exercée par les FFI en toute illégalité. Parmi les suspects internés à la prison provisoire de la rue du Boccage, à Nantes : « Nombreux sont ceux qui se plaignent d’avoir été dévalisés par la police FFI, parfois de sommes très importantes, lors de leurs arrestations » (Commandant de gendarmerie, 15/11/44).

Une fois les procès commencés et les premières condamnations à mort prononcées (de Junquières le 1er décembre) la tension ne diminue pas laissant apparaître les clivages habituels :

« Dans les milieux politiques de gauche on estime que les mesures qui ont été prises sont nettement insuffisantes. Par contre dans les milieux de droite on prétend, sans être opposés à l’épuration, que l’on doit éviter de tomber dans les abus et que les arrestations devraient être effectuées qu’à la suite d’enquêtes solidement établies » (Commissaire central, 20/12/44).

Alors que la très grande majorité des justiciables le sont pour des motifs politiques (collaborationnisme, dénonciation) la population, physiquement et moralement épuisée, s’intéresse surtout au sort des profiteurs de guerre : « Le public attend des sanctions contre les gros trafiquants, les personnalités marquantes et chefs d’entreprises qui se sont scandaleusement compromis pendant l’occupation ennemie par leur attitude antinationale » (Commissaire central, 20/12/44). Attente déçue car dans ce domaine le bilan de l’épuration est décevant.

Les affaires économiques sont traitées par le Comité de confiscation des profits illicites. Mais il y a énormément de dossiers à traiter : ceux du marché noir et les très nombreux cas de commerçants, d’agriculteurs, d’entreprises ayant travaillé pour l’occupant. Les instructions trainent en longueur ce qui permet à certains accusés de détruire des preuves. Faute de personnel, les enquêtes sont confiées à des stagiaires inexpérimentés. En 1946 beaucoup de dossiers d’entreprises du bâtiment, des travaux publics… ne seront pas encore traités. Devant l’urgence à reconstruire le pays on fera preuve d’indulgence.  

Les premières sentences de la cour de justice. (La Résistance de l’Ouest, 2 décembre 1944)

Pour ses initiateurs l’épuration est d’abord un acte politique et sacrificiel, une sorte d’exorcisme indispensable à la refondation de la nation. Pour l’opinion elle a aussi et surtout une dimension sociale et vengeresse : faire rendre gorge aux profiteurs, aux puissants d’hier. Les manifestants qui saccagent la préfecture le 29 janvier 1945 dénoncent en bloc les carences du Ravitaillement, la vie chère et la lenteur de l’épuration. Quelques jours plus tôt James de Junquières a été exécuté dans une quasi-indifférence : quelques lignes dans les journaux.

Les FFI

Dans l’imaginaire de la peur des populations du département les FFI ont aussi leur place. Si l’on se réfère à tous les rapports écrits de septembre à décembre 1944, la perception de ces résistants est très majoritairement négative. Il y a bien quelques approbations, surtout vers la fin de la période, mais les jugements de réprobation ou d’hostilité l’emportent largement. Cette attitude doit être mise en relation avec le climat de représailles (menaces, extorsions, violences diverses) institué au printemps 1944, et qui dure encore après la Libération, mais aussi avec d’autres comportements évoqués dans ce rapport du préfet daté du 7 octobre et signalés, à quelques nuances près, chaque mois :

«  L’attitude de certains militaires des Forces Françaises de l’Intérieur a profondément déçu la population. Trop nombreux ont été, en effet, gradés et hommes de troupe, qui affichèrent une indépendance d’allure incompatible avec leur haute mission. Trop d’éléments indésirables se sont glissés dans leurs rangs, portant ainsi un nouveau coup au prestige de l’armée française déjà fortement entamé après l’issue malheureuse des opérations militaires de 1940 ».

« Si les FFI n’ont pas bénéficié d’un élan unanime de sympathie il faut également en chercher les causes dans les nombreux incidents que de jeunes éléments ont provoqués en manœuvrant imprudemment des armes dont le maniement ne leur était pas familier causant ainsi un grand nombre d’accidents mortels dans la population, soit en s’appropriant fréquemment et surtout indûment le bien d’autrui ».

« Il est vrai que l’on oublie trop aisément que le plus grand nombre des FFI… se battent courageusement contre l’ennemi… et dans la masse on ne retient, pour porter un jugement sommaire sur l’ensemble des FFI que les actes répréhensibles commis par des sujets dont l’éviction s’impose d’urgence ».

La méfiance, voire l’hostilité, d’une partie de la population vis-à-vis des FFI tient aussi à leur participation active au processus d’épuration (arrestation, perquisition) interprétée comme des représailles dans les milieux conservateurs.

À partir de septembre la plupart des FFI se retrouvent sur le front de la « Poche » de Saint-Nazaire dans une « armée de la Résistance » encore mal organisée, mal équipée, mal approvisionnée. Pour pallier les carences de l’intendance ils sont amenés à réquisitionner vivres et matériel chez les habitants des environs soumis eux-mêmes au rationnement ou à la pénurie. Les perquisitions et prélèvements dans les fermes, menés parfois avec brutalité, provoquent l’hostilité quand ils ne sont pas considérés comme de simples brigandages. Le commandant de gendarmerie de Châteaubriant rapporte que : « Dans l’après-midi du 29 septembre, un officier FFI de Guémené-Penfao a réquisitionné un bovin pour les besoins de son unité. Cet animal a été payé par l’officier. Ce procédé qualifié d’illégal par les cultivateurs a provoqué un rassemblement d’environ 150 personnes qui ont protesté contre cette façon d’opérer. Plusieurs d’entre elles ont hué les militaires FFI… Il n’y a pas eu de coups. »

Faute d’équipement un brassard avec un fusil suffisent pour faire de quiconque un FFI. Profitant de la confusion du moment des pillards rançonnent les villageois au nom de la Résistance. Il arrive aussi que : « Quelques éléments indésirables comme trafiquants notoires du marché noir ou ayant travaillé pour les Allemands ont profité des circonstances pour s’enrôler dans les FFI dans le but évident de se soustraire aux poursuites éventuelles. Ces éléments nuisent au prestige de l’armée française et devraient en être exclus » (Commandant de gendarmerie, 22/09/44).

La grande porosité des bataillons FFI à l’été 1944 a permis que s’y retrouvent des individus étrangers aux idéaux de la Résistance et qui l’ont salie aux yeux de l’opinion, celle-ci étant plus sensible aux débordements spectaculaires de quelques uns qu’à l’abnégation du plus grand nombre combattant dans des conditions difficiles.

Le CDL accablé de courriers et rapports dénonciateurs condamne, sanctionne, exclut. Les éléments collaborationnistes infiltrés sont démaqués. À Plessé, des FFI qui avaient pillé une grande partie des maisons évacuées du village sont arrêtés. À Saint-Étienne-de-Montluc, Vigneux, Vay… d’autres sont internés pour agressions et vols à main armée. Mais il est déjà trop tard ; l’opinion publique se laisse aller à l’amalgame : « Tous les FFI ne sont pas des voyous, mais tous les voyous sont chez les FFI ».

Un reproche récurrent fait aux FFI est leur indiscipline. Troupes de volontaires sans formation militaire encadrées souvent par des hommes peu expérimentés les FFI apprennent au combat le métier de soldat. Les accidents mortels provoqués dans leurs rangs ou parmi les civils par le maniement maladroit des armes qu’évoque le préfet sont réels mais moins nombreux qu’il le laisse entendre si l’on s’en réfère aux rapports de gendarmerie. Cependant leur retentissement dans l’opinion est considérable. Ainsi, à Basse-Indre le 1er octobre : « Un coup de feu tiré par maladresse par un FFI faisant partie du piquet d’honneur constitué à l’occasion des obsèques d’un FFI fusillé par les Allemands à causé la mort d’un homme, d’un enfant et une blessure légère à une femme » (Commandant de gendarmerie, 15/10/44).

L’indiscipline des FFI se manifeste surtout lorsque, après une période de combats sur le front, ils viennent en permission à l’arrière : « La discipline, l’attitude, l’esprit militaires paraissent manquer totalement. Tenue débraillée, mains dans les poches, ne saluant jamais, constituent la façon de faire presque générale. On peut dire sans exagération que les militaires FFI ont totalement perdu l’estime et la considération publiques » (Commandant de gendarmerie, 15/12/44).

Cette indiscipline qui offusque tant le chef d’escadron Lecomte relève de la provocation et témoigne du fossé qui se creuse entre FFI et populations civiles. Mal équipés, combattant dans des conditions que la rigueur de l’hiver rend presque insupportables, exposés aux bombardements et aux tentatives de percées des Allemands les FFI ont l’impression de se sacrifier pour une population qui au mieux les ignore au pire les méprise ou les rejette. Aussi la tentation est-elle grande lors des permissions de défier le bourgeois en surjouant le mauvais garçon ou le soldat de l’an 2.

La plupart des altercations signalées dans les rapports surviennent dans les cafés et les cinémas quand policiers ou gendarmes interviennent pour ramener à la raison les esprits échauffés. Les FFI déversent alors leur rancœur sur les représentants des forces de l’ordre. À travers eux ils règlent des comptes avec les services répressifs qui il n’y a pas si longtemps, au service de Vichy, traquaient réfractaires et résistants.

Des FFI du 5e Bataillon sur le front de la Poche avec un équipement de fortune. La mitrailleuse est montée sur une brouette. L’un des jeunes FFI (19 ans) présent sur cette photo écrira, après la guerre : « Nous souffrions lorsque, ramenant à l’arrière nos vêtements déchirés, nos capotes mal peintes et nos souliers décousus, nous surprenions sur les visages de l’arrière, des sourires d’ironie et des paroles méprisantes ! » (Coll. Annick Touchefeu-Mounès) 

Le 28 octobre le gouvernement provisoire de la République Française décide de dissoudre les milices patriotiques communistes (FTP) et de mettre en congé les FFI qui ne souscriraient pas un engagement pour la durée de la guerre dans les forces françaises. L’intégration progressive des FFI dans l’armée régulière va, si l’on en croit le préfet, avoir des effets bénéfiques :

« Tout est rentré dans l’ordre en ce qui concerne les réquisitions et les perquisitions. Une amélioration très nette de la tenue est remarquée. Toutefois dans les troupes au repos la discipline gagnerait à être mieux observée. Des incidents se produisent de temps en temps dans les salles de spectacles et les cafés ».

« Si les auteurs sont vivement critiqués par la population elle donne toujours son estime et sa sympathie aux troupes qui combattent à proximité, dans des conditions que l’inclémence de la température rendent encore plus difficile » (28/12/44).

Quand il s’agit de la Résistance, à l’automne 1944 comme au temps de l’Occupation, la population nantaise balance entre solidarité et réprobation. Alors que l’on célèbre avec faste en octobre les fusillés de 1941 on considère avec suspicion l’armée de la Résistance qui contient l’ennemi aux portes de Nantes.  Malgré les risques encourus chaque jour les FFI n’ont pas l’aura des combattants qui les ont précédés, même si parmi ceux-ci tous ne sont pas traités de la même façon. Pourtant ils font partie de cette Résistance qui est en train de devenir une référence fondatrice de la nation en reconstruction.

La presse qui habituellement n’évoque ni les combats de la « poche » ni les incidents provoqués par les FFI leur rend enfin hommage à l’occasion d’une remise de décorations. (La Résistance de l’Ouest, 7 décembre 1944) 

Les différences d’appréciation sur l’action des FFI révèlent aussi la permanence des clivages politiques. L’anticommunisme puissant et durable  de l’opinion locale colore de rouge toute action résistante et, même si ce n’est pas le cas, on s’entête à voir derrière les FFI ceux que le commandant de la gendarmerie appelle, dans son rapport du 15 décembre : « Les extrémistes voulant tout bousculer ».

Parti des fusillés ou péril rouge ?

Après avoir craint l’entrée des chars soviétiques en France, après avoir tremblé à l’idée d’une guerre civile fomentée par les communistes, après avoir cru en un CFLN – devenu  Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) le 2 juin 1944 – noyauté par le parti communiste, une partie de l’opinion continue, en septembre, à vivre dans la hantise du complot bolchevique. Les Américains ont libéré (en partie) la France, la guerre civile n’a pas eu lieu, voilà de quoi la rassurer. Certes ! Mais de Gaulle n’a-t-il pas fait entrer des communistes au gouvernement ? Ne sont-ils pas en train d’infiltrer les exécutifs locaux ?

Par ordonnance les municipalités élues en 1935 ont été maintenues ou remises en place après élimination de leurs membres déclarés indignes pour fait de collaboration ou pétainisme prononcé. Aux places vacantes le préfet, sur proposition du CDL, a nommé de nouveaux conseillers ; conséquence : « La composition politique des conseils municipaux reconstitués a subi, dans l’ensemble, des modifications axant vers la gauche la majorité des assemblées » (Préfet, 10/11/44). Il faut relativiser le propos du préfet Vincent car au moment où il écrit son rapport, seule une vingtaine de communes ont eu leur conseil municipal reconstitué, dont Nantes où le parti communiste est représenté.

Malgré sa timidité numérique l’entrée de communistes dans l’exécutif national et quelques assemblées locales inquiète la population du département comme le rapporte le préfet le 7 octobre :

« La nomination au sein du gouvernement provisoire de la République et dans certaines assemblées communales et du département de militants communistes a profondément remué certaines couches sociales ».

« À Nantes en particulier, la présence au conseil municipal de membres du parti communiste émeut les milieux bourgeois ainsi que les industriels et les commerçants ».

« Dans les campagnes, profondément attachées dans leur ensemble à l’esprit conservateur, la population considère avec une vive appréhension le renouveau d’activité du parti communiste. Celui-ci en effet a déjà tenu outre des réunions dans la plupart des communes libérées du département une réunion publique à Nantes, le 14 septembre, qui a revêtu une importance certaine. Près de 1 500 personnes y assistaient. Le caractère de cette manifestation qui a mis en évidence la volonté, exprimée sans détour, du parti communiste de jouer un rôle de premier plan dans les affaires publiques, n’a pas été sans émouvoir les milieux modérés ».

Le préfet pratique l’euphémisme lorsqu’il évoque « la vive appréhension » des populations rurales. Le rapport des Renseignements généraux dont il s’inspire est beaucoup moins nuancé : « Dans le département… on continue à croire que le péril rouge n’est pas un vain mythe » (26/09/44).

Le parti communiste, très actif à Nantes, l’est aussi dans le monde rural par l’intermédiaire du Front National : « Le Front National déploie une grande activité dans  presque toutes les communes du département » (Préfet, 28/12/44). Les réunions organisées par le Front National et d’autres mouvements liés au parti communiste ne rencontrent guère de succès dans les campagnes de l’Ouest, bastion de la droite cléricale : « Les milieux paysans montrent une certaine défiance vis-à-vis des ces mouvements, surtout lorsqu’ils en connaissent les tendances politiques. Le clergé de ce point de vue, se charge de leur éducation » (Préfet, 1/02/1945). Clergé d’autant plus remonté que socialistes et communistes veulent  supprimer les subventions à l’enseignement libre.

Dans sa stratégie de conquête du pouvoir le parti communiste n’a pas opté pour la manière forte mais va miser sur la séduction jouant la carte de l’union nationale et celle du patriotisme.

Lors de la réunion tenue salle Colbert le 14 septembre, qu’évoque le préfet dans son rapport cité plus haut, le principal orateur Dupuis, qui remplace au pied-levé C. Tillon nommé ministre de l’Air, après avoir rendu hommage aux fusillés de Châteaubriant, cité les derniers mots de Guy Mocquet, loué de Gaulle : « d’avoir fait confiance à deux ministres du P. C. pour l’aider » déclare : « Grâce au parti communiste la résistance s’était installée en France et avait groupé tous les gens et toutes les idées : communistes, Action Française, Croix de Feu, quelques membres du clergé, ouvriers, intellectuels et paysans » (Commissaire des R.G. 15/09/44). Après cette étonnante réécriture de l’Histoire on chante La Marseillaise, Le Chant du départ mais, si l’on en croit les R.G., pas L’Internationale.

Un mois plus tard le parti communiste veut affirmer son statut de parti de la Résistance, fédérateur et responsable, lors de l’anniversaire de l’exécution des cinquante otages. Il profite de l’occasion pour poser  les fondements de ce qui deviendra selon l’expression de Didier Guyvarc’h  un « sanctuaire de la mémoire »[1].

À Nantes le 22 octobre 1944, après une messe solennelle célébrée par l’évêque à Saint-Similien, les personnalités (préfet, évêque, maire, C. Tillon ministre, Maurice Schumann « représentant de la France combattante »…) se retrouvent cours Saint-André : « À l’issue d’une cérémonie grandiose et émouvante à la mémoire des cinquante otages… une foule énorme a écouté et applaudi les discours… Les orateurs ont rendu hommage à ces purs Français dont le sacrifice n’a pas été vain  puis ils ont fait un puissant appel à l’union de tous les Français pour le service de notre patrie » (Commissaire central, 24/10/44). Malgré la présence du nouveau ministre communiste Charles Tillon la population a surtout remarqué le gaulliste Maurice Schumann ancien porte-parole de la France Libre sur les ondes de Radio-Londres : « La foule a particulièrement acclamé le capitaine Schumann dont le timbre spécial lui est familier à la radio depuis quatre ans » (Commissaire central, 24/10/44).

Ce même jour une autre cérémonie se déroule dans la carrière de Châteaubriant pour commémorer 27 des 50 otages fusillés là, dont le P.C. revendique l’appartenance. L’évêque de Nantes a reçu une invitation qui commence ainsi : « Monseigneur, Nous avons l’honneur de vous inviter au grand pèlerinage organisé par le Comité de la Journée du Souvenir… »[2]. Jean Villepelet ne tint pas à « pèleriner » aux côtés de Fernand Grenier et Marcel Cachin invités d’honneur d’une démonstration de force organisée par et pour le parti communiste dont rend compte le sous-préfet de Châteaubriant :

« Le 22 octobre l’anniversaire des fusillades de 1941 où 27 communistes ont été exécutés par les Allemands a été l’occasion d’une véritable mobilisation des effectifs communistes de la région par trains spéciaux et par cars. J’estime leur nombre à 15 000 environ. Bien que la manifestation se soit déroulée dans une atmosphère très patriotique et bien que toute idée politique en fut officiellement écartée il n’en est pas moins vrai qu’une telle réunion a constitué pour le parti communiste un puissant moyen de propagande » (2/11/44).

Tout en instituant l’éclatement des lieux commémoratifs des « Cinquante otages » la cérémonie de Châteaubriant montre que le P.C., qui se revendique désormais le « parti des fusillés », fonde sa nouvelle légitimité sur la Résistance, détournée à son profit, et s’affirme comme une force politique apte à diriger le pays. Ceci n’est pas pour rassurer ses adversaires :  

                                                                      

Pendant plusieurs jours la presse locale a largement relayé les commémorations de l’exécution des cinquante otages, contribuant à la construction d’un véritable sanctuaire de la mémoire locale. (La Résistance de l’Ouest, 23 octobre 1944)

« La politique intérieure suscite toujours les mêmes appréhensions. La crainte du communisme apeure les milieux ruraux et modérés du département. C’est un sentiment d’insécurité qui semble dominer les diverses tendances de l’opinion publique » (Préfet, 28/12/44).

Ce sentiment d’insécurité entretenu dans une partie de la population par l’activisme du parti communiste et le comportement des FFI va provoquer l’échec politique de la Résistance et plus largement de la gauche lors des élections municipales d’avril-mai 1945 où les femmes votent pour la première fois. Sur 1446 conseillers municipaux élus dans les 97 communes de l’arrondissement de Nantes il n’y a que 81 résistants[3] et encore, parfois mal élus. À Guémené-Penfao deux listes s’affrontent : l’une de gauche menée par un ancien résistant et membre du Front national est battue ; les deux résistants qui se présentent sur la liste de droite élue, recueillent le plus faible nombre de suffrages. La poussée à gauche des municipalités recomposées, constatée par le préfet le 10 novembre, n’est pas confirmée. Le département conserve sa physionomie d’avant-guerre et le personnel politique n’est que peu renouvelé malgré les revirements idéologiques survenus. Nantes fait exception qui élit une liste « d’unité républicaine anti-fasciste de la Résistance » conduite par des organisations proches du parti communiste avec à sa tête Jean Philippot. Mais deux ans plus tard, en 1947, les Nantais se choisiront pour maire Henri Orrion, déjà nommé à ce poste par Vichy en 1942.

Alors que la guerre gronde encore aux portes de Nantes, les hommes et les femmes qui manifestent leur opinion aux élections municipales du printemps 1945 semblent vouloir oublier l’anormalité de l’Occupation pour retrouver leurs occupations normales d’avant-guerre, fermer la parenthèse. Pour cela, comme l’écrit le commandant de la gendarmerie le 15 décembre : « On attend beaucoup du gouvernement » et surtout de son « chef clairvoyant et prestigieux qu’ils [les habitants de la Loire-Inférieure] vénèrent avec ferveur » (Préfet, 10/11/44). Cette fois-ci il s’agit de de Gaulle.

De Gaulle : naissance d’un mythe

Après l’avoir écouté pendant quatre années à la radio de Londres, et entendu souvent, les Nantais découvrent enfin sur le sol français le général de Gaulle. Grâce aux articles des journaux et aux photos la voix est devenue un personnage, une silhouette familière elle aussi en uniforme militaire. Les sentiments qu’ils éprouvent pour le Général en ces premières semaines qui suivent la Libération nous sont transmis par le commissaire central de Nantes :

« Un immense élan de gratitude et d’admiration a soulevé, comme ailleurs, la population de la Loire-Inférieure vers le général de Gaulle qui symbolise et personnifie pour elle la Résistance tant à l’extérieur qu’à l’intérieur et la restauration d’un régime démocratique dont la grande majorité portait en soi le regret » (23/09/44).

Pour les Nantais libérés, de Gaulle c’est d’abord l’homme de la Résistance, celui qui l’a incarnée dès le premier jour et l’a ensuite animée sans vaciller malgré les difficultés. La statue du héros est solidement dressée :

« De Gaulle attire les masses soulevées par un sentiment de gratitude et amies du chevaleresque dont il est entouré, celui qui incarne la Résistance et la victoire de notre pays » (Commissaire central, 24/11/44).

La population est aussi reconnaissante à de Gaulle d’avoir restauré les institutions républicaines mais, dans les premières semaines, elle est partagée, selon le clivage habituel, sur l’usage que le chef du gouvernement va en faire :

« Dans les milieux ouvriers ont fait un accueil enthousiaste à la politique du Président du comité par le seul fait de la présence au sein du gouvernement de membres du parti communiste » (Commissaire des R.G. 15/09/44).

Dans les milieux conservateurs, sans surprise, on apprécie plus le général issu de bonne famille que le démocrate :

« Les milieux bourgeois et commerçants semblent eux accueillir avec moins d’empressement la présence des communistes mais cependant tout en demeurant dans une extrême réserve font confiance au chef du gouvernement eu égard à sa personnalité, tant civile que militaire : pour eux en effet le général de Gaulle n’est pas seulement comme pour la masse un libérateur et le restaurateur des libertés démocratiques et républicaines mais avant tout un des leurs, car issu de moyenne bourgeoisie » (Commissaire des R.G. 15/09/44).

La popularité du général de Gaulle ne se démentira pas dans les mois suivants. Elle ira même en augmentant se différenciant ainsi de celle du gouvernement dont il est pourtant le chef. C’est ce que révèlent les synthèses hebdomadaires du Contrôle postal.

À l’encontre du gouvernement on relève :

« Les décisions gouvernementales sont commentées avec réserve mais plus souvent critiquées » (25/11/44).

« L’attitude du gouvernement est fortement désapprouvée » (2/12/44).

Si les classes populaires font quelques reproches au gouvernement à propos de la lenteur de l’épuration et de la persistance du marché noir, les critiques les plus nombreuses émanent des milieux bourgeois. Remarquons qu’il faut relativiser l’importance de ces critiques en fonction de la source utilisée : le Contrôle postal. Les milieux favorisés prenant plus souvent la plume que les milieux populaires les avis des premiers sont sur-représentés dans la synthèse hebdomadaire réalisée par le président de la commission du Contrôle postal qui, conscient du phénomène, utilise souvent le conditionnel pour traduire l’état de l’opinion tel que le révèlent les correspondances échangées.

Le reproche le plus fréquemment formulé par les milieux conservateurs est celui-ci: « Le gouvernement serait accusé de sectarisme et de partialité. Sa tendance à soutenir le communisme et à favoriser la classe ouvrière mécontenterait les paysans, les commerçants et les patrons. La nationalisation de toutes les entreprises serait impatiemment attendue des ouvriers mais désapprouvée de la classe patronale » (Contrôle postal, 22/12/44). 

Le gouvernement est aussi critiqué de façon quasi-obsessionnelle pour ses intentions sur une question ultra-sensible dans l’Ouest : « Le gouvernement se montrerait également favorable au projet communiste concernant la laïcisation de l’enseignement » (Contrôle postal, 25/11/44).

Il y a des critiques nauséeuses : « L’opinion générale est que toutes les mesures prises par le gouvernement provisoire visent à favoriser les juifs en compensation des affronts qui leur ont été infligés au cours des années passées » (Contrôle postal, 25/11/44). Ici l’auteur de la synthèse n’utilise pas le conditionnel ; mais sur combien de courriers repose cette « opinion générale » ?

La politique gouvernementale essuie des critiques mais le président du Gouvernement Provisoire de la république Française échappe à tout reproche, même de la part de ceux qui accablent ses ministres des pires intentions comme si l’on dissociait le général héros de la Résistance, libérateur de la nation, du chef du gouvernement. Le Contrôle postal se fait l’écho d’un concert de louanges allant crescendo :

11 novembre : « Le général de Gaulle a une très grosse cote dans tous les partis. Les communistes sont même les plus fervents admirateurs ».

25 novembre : « Le général de Gaulle jouit d’une immense popularité ».

15 décembre : « Par sa vaillance et son courage le général de Gaulle aurait conquis la confiance de son peuple ».

22 décembre : « Le prestige du général de Gaulle est universel ».

À peine le mythe Pétain s’est-il effondré que le mythe de Gaulle se met en place. Dans les premières semaines qui ont suivi la Libération c’est l’image du héros de la Résistance, sauveur providentiel de l’honneur national en 1940 et du pays menacé de guerre civile en 1944 qui s’est imposée. Puis à l’automne celle du garant de l’unité nationale : « Il resterait le seul chef capable de faire taire les désaccords qui divisent le peuple » (Contrôle postal, 22/12/44). Là où Pétain avait échoué en voulant établir l’unité de la nation sur le rejet de l’héritage républicain et la soumission puis la compromission avec l’occupant, plongeant le pays dans les divisions et les guerres intestines, de Gaulle reconstruit le tissu national autour de l’héritage jacobin et des valeurs de la démocratie. Enfin se construit une représentation, où de Gaulle est intimement associé à la grandeur de la France,  qui fait oublier aux Français le désastre de 1940, l’humiliation de l’Occupation tout en flattant leur orgueil national. Le sous-préfet de Châteaubriant estime que la ferveur de l’opinion pour le chef de l’État tient au fait que : « la France est en train de redevenir une grande puissance européenne » (30/11/44) et pour soutenir son propos il relate la geste gaullienne de cet automne 1944 :

  • La reconnaissance par les Alliés du GPRF qui « a été accueillie avec une joie immense » ;
  • L’admission de la France à la Commission consultative interalliée ;
  • La venue de Churchill et Eden à Paris à l’occasion du 11 novembre ;
  • Le voyage à Moscou du général de Gaulle.

Le sous-préfet conclut : « Cette intégration de notre patrie dans le concert des grandes puissances a été interprétée comme un succès personnel du général de Gaulle qui en a retiré un prestige encore accru ».

« D’autre part l’enthousiasme n’a pas été moins grand d’apprendre les succès militaires des Alliés et tout particulièrement ceux de l’armée française en Lorraine et en Alsace… L’armée française a repris déjà une éclatante revanche saluée par tous avec ferveur » (30/11/44).

Le personnage de légende qui s’installe dans l’imaginaire collectif joue déjà son rôle de catalyseur des énergies. Au lendemain de la visite du général de Gaulle à Nantes en janvier 1945 le commissaire central, après avoir dressé un sombre bilan de la situation d’un département en ruines, toujours en proie à la guerre et aux privations de toutes sortes, écrit : « Et pourtant le peuple a confiance dans l’avenir de la Nation. Sur le plan local la preuve en a éclaté vibrante et irrésistible lors de la réception enthousiaste du chef du gouvernement qui seul pouvait créer l’ambiance que Nantes a connu au matin du 14 janvier » (22/01/1945).

Cette visite était attendue depuis longtemps. Dès sa prise de fonction et dans chacun de ses rapports le préfet s’en fait l’écho : « Les Nantais et avec eux les habitants du département de la Loire-Inférieure continuent à espérer et à souhaiter ardemment la venue du chef clairvoyant et prestigieux qu’ils vénèrent avec ferveur » (Préfet, 10/11/44).

Le 11 novembre 1941, suite au drame des Cinquante otages, le chef de la France Libre avait distingué Nantes, la faisant première ville Compagnon de la Libération. Pour la population il va de soi que le Général viendra en personne remettre la décoration aux Nantais. Tout l’automne bruisse des rumeurs de sa venue :

« L’annonce dans la presse de la venue à Nantes du général de Gaulle a soulevé un intérêt considérable dans le public qui s’apprête à recevoir avec élan le Chef de l’État qui décorerait la ville de l’ordre de la Libération, les Nantais n’étant pas peu fiers de voir leur ville la première à être dans le nouvel ordre attribué jusqu’alors à des personnalités dont les noms sont devenus presque légendaires » (Commissaire central, 24/11/44). Il faudra encore patienter deux mois.

Au-delà du calcul des élus locaux, qui comptent sur l’aura du général de Gaulle pour rendre à la ville le rang qu’elle a perdu au profit d’Angers dans l’organisation régionale mise en place par Vichy, il faut voir dans l’empressement des Nantais l’espoir que le Général, sorte de thaumaturge, par sa seule présence mettra fin à une longue nuit, apaisera les douleurs d’une population meurtrie dans sa chair mais aussi dans son âme par les divisions, les luttes fratricides et toutes les petites lâchetés quotidiennes, les arrangements avec la morale qui ont conduit sinon à se soumettre au moins à attendre quand il aurait fallu choisir.

Bandeau imprimé à la hâte pour annoncer la venue du général de Gaulle. (AMN 6 Fi 6955)

Après de nombreux contre-temps, de Gaulle est à Nantes le 14 janvier au matin. Bien que sa venue n’ait été annoncée que la veille et malgré le froid sibérien qui fige la ville sous un manteau neigeux, la foule est venue nombreuse et enthousiaste acclamer le « chef du gouvernement de la République » qui remet à la ville représentée par son maire, Clovis Constant, la Croix de la Libération et la Croix de Guerre. De quoi faire oublier la francisque remise par Pétain au maire H. Orrion suite aux bombardements de septembre 1943 qui avaient ému le Maréchal.                                     

Sur le cours Saint-Pierre, De Gaulle s’adresse aux Nantais en tant que chef d’une nation en reconstruction qui se bat encore et sera, il l’assure, bientôt victorieuse. Il évoque très rapidement, de façon allusive en quelques dates et quelques mots les drames de la ville : le passé. Il est venu tourner la page. Quelque ait pu être le parcours de chacun, la France a besoin de tous ses enfants pour redevenir la grande puissance depuis toujours inscrite dans  l’Histoire. Aussi unité et rassemblement sont-ils les mots d’ordre qui dominent le discours.

Cette visite a suscité un grand enthousiasme populaire souligné par les journaux locaux, filmé par les « Actualités françaises » et confirmé par la synthèse du Contrôle postal du 30 janvier : « L’énorme majorité des correspondants expriment leur enthousiasme après la visite du général de Gaulle à Nantes. La population nantaise garderait un souvenir inoubliable de cette manifestation et beaucoup regretteraient de n’avoir pu y assister par suite de l’incognito de sa venue. La simplicité du Général aurait conquis la foule et son prestige aurait encore grandi au cours de cette visite tant attendue des Nantais ».

Le général de Gaulle vient de remettre à C. Constant, maire de Nantes, les décorations qui consacrent le passé résistant de la ville. (Coll. part.)

Alors que l’opinion s’abandonne à son nouveau chef mythique celui-ci, préoccupé par la reconstruction de l’unité nationale, pose les fondements d’un autre mythe, celui du résistencialisme (tous les Français, sauf quelques traîtres ont résisté… à leur façon), et met en place à Nantes la représentation d’un passé résistant de la ville qui occultera longtemps d’autres mémoires résistantes et favorisera quelques amnésies.

[1] D. Guyvarc’h, La construction de la mémoire d’une ville, Nantes 1914-1992, Septentrion, 1998).

[2] Un évêque dans la guerre, opus déjà cité.

[3] Voir : Franck Liaigre, L’étrange ascension d’un maire de Nantes, Les éditions de l’atelier, 2002.

Conclusion

Pétainistes ? Collabos ? Résistants ? Les reconstructions de la mémoire ou les nécessités de l’écriture cinématographique ont souvent réduit à ces alternatives tranchées les attitudes des Français de 1940 à 1944.

La réalité est plus complexe et cette étude montre que tenter l’histoire de l’opinion publique dans une ville, un département s’est s’aventurer dans des zones d’ombre, se confronter à l’ambiguïté.

Les Nantais de l’époque entrent mal dans les typologies définitivement établies. Les sentiments ambivalents, les parcours individuels marqués d’infléchissements, de ruptures, sous l’influence des événements échappent à la rationalité du Français d’aujourd’hui confortablement installé dans ses schémas de pensée. Le fait de rester fidèle au régime de Vichy ne signifie pas que l’on adhère à la politique conduite par le gouvernement, surtout dans le domaine de la collaboration. On peut être pétainiste tout en étant favorable à de Gaulle et méfiant à l’égard des résistants locaux. On peut être hostile à l’occupant, condamner la politique de collaboration et Vichy tout en doutant du général de Gaulle et des Alliés.

La confusion des sentiments individuels est à l’image de celle d’une société française imprégnée de la mémoire de la Grande guerre et de l’illusion de sa victoire trompeuse ; une société brisée, épuisée par la crise des années 1930 et qui assiste en 1940 à l’effondrement et à la décomposition de la nation. Par un terrible « abus de confiance » (P. Laborie) Pétain entraîne la population désorientée dans une équivoque qu’il sera, pour beaucoup, difficile de lever tant les questions d’ordre matériel occupent les esprits, déchirent le tissu social, aggravent la crise morale.

Montrer, expliquer la confusion des esprits, l’ambivalence des comportements n’exonèrent personne de ses responsabilités, n’excuse en rien les défaillances. Certains se sont engagés aux côtés de l’occupant. D’autres ont fait le choix de soutenir, de servir le régime malgré ses compromissions. Quelques uns, dès le début, ont décidé de ne pas se soumettre s’exposant au sacrifice de leur vie ; il ne leur fut pas épargné. La plupart ont choisi de ne pas choisir : d’attendre. Ils n’ont pas agi par calcul, par opportunisme, mais pris dans les réseaux embrouillés des propagandes qui sèment le doute, des peurs qui obstruent la raison, des petits trafics qui permettent de « s’en sortir », des pesanteurs idéologiques qui s’accordent si bien avec « Travail, Famille, Patrie » et qui inclinent à l’obéissance, au moins à la bienveillance envers l’autorité, ils ont élu refuge dans le non-choix. Ils en sortent parfois sous le coup d’un incident, d’un événement qui les révolte. Cela dure quelque temps, puis ils sont happés par le train des habitudes, ou bien enclenche un processus qui conduit à la solidarité, puis à la complicité avec la Résistance. Quelque fois à l’engagement.

Beaucoup resteront au refuge jusqu’à la Libération, et même un peu après, confus et craintifs. Certains persisteront dans l’ambivalence optant pour le nouveau régime, ou plutôt pour son chef, sans avoir compris, ou voulu comprendre, ce que l’État français avait de pernicieux et continueront à vénérer celui qui les avait abusés : « Quelques Français font encore l’éloge du Maréchal. C’est lui qui a préservé le pays de l’effondrement total et l’a maintenu au-dessus de l’abîme, tandis que des misérables dénaturaient sa politique et profitaient des difficultés de l’heure pour sauver leurs propres intérêts ». (Contrôle postal, 18/11/44).

Ce paysage du Pays nantais occupé où dominent les espaces incertains, les flous, les ambiguïtés laisse apparaître, en prenant un peu de recul, en essayant de capter l’impression générale sans se soucier du détail, quelques lignes de force susceptibles de l’organiser :

Une hostilité permanente et grandissante à l’égard de l’occupant même si, au plan individuel, on se permet quelques accommodements quand l’Allemand honni se fait client ou quand l’officier hébergé sur réquisition se montre si « correct ».

Une anglophilie précoce, fondée sur un espoir de libération rapide qui, malgré le sort contraire des armes jusqu’en 1942, se maintiendra pour s’élargir dans un soutien, parfois mis à rude épreuve, aux Alliés.

Indissociable au début de l’anglophilie, car porté par la radio de Londres puis s’en détachant, un gaullisme d’abord refuge du patriotisme blessé, de l’honneur outragé, symbole de la résistance à l’ennemi et qui se transforme petit à petit en acteur de la libération du pays et en alternative politique, ce qui sème alors le doute chez certains.

Un refus quasi-immédiat de la Collaboration qui va croissant au fur et à mesure que celle-ci s’accentue. Plus que les questions idéologiques elle provoque l’échec de l’adhésion au nouveau régime, mais n’empêche pas la vénération de son fondateur exempté de toute compromission par la force de son mythe. C’est pourtant cette politique de collaboration dans le domaine économique (STO) et policier (Milice…), catégoriquement rejetée, qui provoque le décrochage des plus fidèles partisans de Pétain, même s’ils ne vont pas jusqu’à le renier.

Par contre rejeter l’occupant, désapprouver la Collaboration, mettre son espoir en de Gaulle ne suffisent pas pour faire un résistant. Il n’y a pas eu de Résistance de masse en Loire-Inférieure, pas plus que dans le reste du pays. L’accommodement du plus grand nombre exige que l’on rende justice au souvenir de ceux qui ont choisi de dire non : de résister.

Abréviations

ACA               Assemblée des cardinaux et archevêques

AS                   Armée secrète

CDL                Comité départemental de libération

CGT                Confédération générale du travail

CNR               Conseil national de la Résistance

COSI              Comité ouvrier de secours immédiat

DCA               Défense contre les avions

FFI                  Forces françaises de l’intérieur

FN                   Front national

FTP                 Francs-tireurs partisans

GAJS              Groupes d’action pour la justice sociale

GC                  Groupe Collaboration

GPRF              Gouvernement provisoire de la République française

JEN                 Jeunes de l’Europe nouvelle

LVF                Légion des volontaires français contre le bolchevisme

MSR               Mouvement social révolutionnaire

NAP                Noyautage des administrations publiques

OCM               Organisation civile et militaire

ORA               Organisation de la Résistance armée

OS                   Organisation secrète

OT                  Organisation Todt

PC                   Parti communiste

PF                   Part franciste

PNB                Parti national breton

PPF                 Parti populaire français

PSF                 Parti social français

RAF                Royal air force

RNP                Rassemblement national populaire

SFIO               Section française de l’internationale ouvrière

Sipo-SD          Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst (police de sécurité, service de sécurité)

SNCASO        Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest

SPAC              Service de police anticommuniste

SRMAN         Service de répression des menées antinationales

SS                   Schutzstaffel (échelon de protection)

STO                Service du travail obligatoire

Sources

Pour réaliser ce travail nous avons été amenés à consulter de nombreux fonds d’archives conservés aux Archives Départementales de Loire-Atlantique (ADLA) et aux Archives Départementales du Maine-et-Loire (ADML).

Nous avons choisi de ne citer ci-dessous que ceux qui ont constitué l’essentiel de nos investigations, centrées sur l’état de l’opinion publique, pour laisser dans l’ombre tous les autres dossiers étudiés à propos de l’organisation et du fonctionnement des services préfectoraux, de la police, des Renseignements généraux et d’autres documents consultés sur des aspects très ponctuels.

Les rapports des préfets sont conservés, soit dans leur version définitive, soit sous la forme d’une première synthèse établie par le chef de cabinet à partir des rapports envoyés par les diverses administrations du département :

  • aux ADLA cotes 1693 W 48 à 50 (les rapports sont classés chronologiquement année après année, mois par mois) ;
  • aux ADML on trouve aussi les rapports envoyés par le préfet de la Loire-Inférieure au préfet régional d’Angers, à partir d’octobre 1941 à la cote 12 W 3 et suivantes.

Les rapports des différentes administrations (sous-préfectures, services de police, Renseignements généraux…) adressés au préfet pour établir son rapport mensuel sont classés dans l’ordre chronologique de 1940 à 1945 aux ADLA 1693 W 52 à 55.

Nous les avons complétés par :

  •  les rapports hebdomadaires ou bi-mensuels, selon les moments, des Renseignements généraux de Nantes et ceux de Saint-Nazaire envoyés au préfet régional d’Angers pour la période allant du 1er janvier 1943 au 10 août 1944 : ADML 77 W 64 à 69.
  • les synthèses hebdomadaires réalisées par  la commission du Contrôle postal, après la libération de Nantes, à partir de l’ouverture des courriers et de l’écoute des conversations téléphoniques : ADLA 1693 W 133 à 135.

Les notes et rapports des Renseignements généraux remplissent de nombreux cartons d’archives aux ADLA. Parmi les plus intéressants consultés pour notre étude signalons ceux concernant :

  • le « Fichier départemental » réalisé en janvier 1943 qui dresse un état de la Loire-Inférieure (population, économie, opinion, vie politique…) : 1693 W 129
  • les personnalités politiques, les maires : 1693 W 102
  • les partis et organismes politiques : 1693 W 103 à 125
  • les syndicats et mouvements sociaux : 1693 W 126 à 128
  • des enquêtes sur des particuliers 1693 W 130 à 132

On peut y rajouter, réalisés par les R.G. et d’autres services de police, les dossiers concernant :

  • les manifestations publiques (1er mai, 14 juillet, 11 novembre…) : 1673 W 83 – 84
  • la radio française et les radios étrangères : 1673 W 76 et 1673 W 136

Pour connaître l’état d’esprit des communes et cantons nous avons consulté aux ADLA :

  • les rapports des visites effectuées par le préfet et les sous-préfets dans les communes et cantons : 1673 W 57 à 62
  • les adresses des conseils municipaux au maréchal Pétain : 1673 W 63
  • les dossiers consacrés aux affaires communales 1673 W 65 – 66
  • les correspondances à propos de la vente des portraits du maréchal Pétain dans les communes : 1673 W 52

Les fortes incidences des questions économiques et sociales sur l’état d’esprit des populations nous ont conduit à consulter aux ADLA de nombreux documents dont nous ressortons ceux concernant :

  • la charte du travail : 1690 W 94
  • la Relève et le STO : 1690 W 98 à 100
  • la corporation paysanne : 1690 W 56

Parmi les journaux locaux, dont de nombreuses coupures sont ajoutées au rapport du préfet pour l’illustrer et dont les éditoriaux sont repris et analysés par les R.G., nous avons consulté surtout celui qui était le plus lu dans le département : Le Phare de la Loire.

Je tiens à remercier les équipes des Archives départementales de Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire ainsi que celles des Archives municipales de Nantes pour leur aide et leur disponibilité. Un merci tout particulier à Alain Croix et Didier Guyvarc’h pour leurs conseils et leurs encouragements, et à Jacqueline Bourgeon pour le travail de relecture.

Bibliographie

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Azéma Jean-Pierre, De Munich à la Libération, Le Seuil, 1979

Azéma J-P et Bédarida F. (direction), Vichy et les Français, Fayard, 1992

Azéma J-P et Bédarida F. La France des années noires (2 tomes), Le Seuil, 1993

Baruch Marc-Olivier, Servir l’Etat français, l’administration en France de 1940 à 1944, Fayard, 1997

Berlière J-M. et Liaigre F., Le sang des communistes, Fayard, 2004

Cointet Michèle, Nouvelle histoire de Vichy, Fayard, 2011

Conan E. et Rousso H., Vichy un passé qui ne passe pas, Fayard, 1994

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Nantes, septembre 2013

Illustration 4e de couverture : ldes habitants de Guémené-Penfao, regardent passer les chars américains libérateurs dans le bourg le 4 août 1944 (Coll. Parti.)