En 1913 à Treffieux (Loire-Atlantique), une jeune fille de 17 ans, Anne
Gautier, prend le pseudonyme de Bruyère treffiolaise pour
correspondre avec d’autres jeunes filles à travers la France. En 1920, elle se marie avec Théodore Gardé qui devient maire de Treffieux de 1925 à 1945
Voilà une anecdote, parmi des centaines d’autres dans la vie d’une
commune rurale, que révèle cette exploration de la presse locale,
régionale et nationale, désormais accessible sur les sites des archives
départementales de Loire-Atlantique ou de la Bibliothèque nationale.
Ouvrage réalisé au sein de l’association Treffieux Histoire et
Patrimoine. Articles recueillis et commentés par Edith Deshays,
présidente, et René Bourrigaud, secrétaire.





Présentation
Ce volume contient les reproductions, les plus fidèles possibles, des
articles de presse et autres documents imprimés, antérieurs à 1954, qui citent la petite commune de Treffieux, située dans la région de
Châteaubriant, au nord de la Loire-Atlantique.
Grâce aux efforts de numérisation entrepris par les Archives
départementales de Loire-Atlantique et la Bibliothèque nationale de
France – sur ses sites Gallica et Retronews – nous avons désormais un accès direct et facile à la plupart des périodiques français et de
nombreux ouvrages, tout au moins jusqu’à l’année 1954.
De chez soi, en écrivant « Treffieux » dans la page d’accueil de
consultation de la presse numérisée (avec reconnaissance de
caractères), on retrouve très facilement tel ou tel article dans tel ou tel périodique – ou la plupart des articles à telle date ou pendant telle période1.
Notre association « Treffieux Histoire et Patrimoine » s’est livrée à une exploration systématique des traces de « Treffieux » sur les quelque 600 périodiques déjà numérisés en avril 2025 par les Archives départementales et les quelque 2000 titres de la Bibliothèque nationale.
Il faut entendre le mot « presse » dans un sens très général de tout
document imprimé. Ainsi, nous avons reproduit les passages concernant Treffieux dans les ouvrages antérieurs à 1954, et numérisés par la BNF jusqu’en août 2025. Par convention, ils sont placés en début d’année d’édition, comme pour les almanachs et autres périodiques annuels.
Nous avons ainsi repéré plus d’un millier d’articles mentionnant
Treffieux – autrefois Treffieuc – en éliminant ceux qui sont trop répétitifs.
Puis nous avons retenu ceux qui nous paraissaient les plus intéressants, en choisissant les plus riches en anecdotes ou ceux qui présentent un intérêt public.
Pour leur reproduction, voici les règles que nous avons adoptées :
- Nous avons mis un soin particulier à respecter, autant que possible, l’orthographe, la typographie utilisée, notamment l’usage des majuscules, et la présentation générale de chaque article retenu. Quand elle n’est pas dans le titre de l’article, l’occurrence « Treffieux » est placée sur fond jaune (ou grisé pour une reproduction en noir et blanc), afin de mieux la repérer.
- Sauf pour une affaire qui a eu un écho national en 1902, nous présentons les articles dans l’ordre chronologique, avec, bien sûr, indication du périodique et de la date de parution.
- Nous nous sommes efforcés d’être complets, en évitant les répétitions inutiles, comme les simples annonces de la date des foires, les horaires de train ou la réparation de petits tronçons de routes. Sauf exception, nous ne reproduisons qu’un seul article concernant le même fait, avec renvoi aux autres. Cependant, nous ne pouvons prétendre à l’exhaustivité – qui serait d’ailleurs fastidieuse – car les procédés actuels d’océrisation – numérisation avec reconnaissance de caractères – ne sont pas parfaits : l’occurrence « Treffieux » n’est pas toujours repérée.
- Les indications concernant l’état civil, regroupées en annexe, doivent être complétées par les travaux généalogiques déjà réalisés2.
- De nombreux articles ne sont pas reproduits en entier. Les coupures sont marquées par des points de suspension entre crochets : […]. Si besoin, chaque lecteur peut facilement se reporter à l’article intégral sur les sites indiqués.
- Certains articles sont suivis de nos commentaires entre crochets et dans une autre police de caractères. Nous les avons limités, de manière à contextualiser certains faits ou pour fournir des précisions en notre possession par d’autres sources.
- Placés à la fin de l’ouvrage, – – Les informations répétitives, concernant les nominations, les dates de visites régulières, les prix, les décorations…
les index des noms de lieux et des noms de personnes permettront à chaque famille ou aux généalogistes de retrouver rapidement les informations qui les intéressent plus particulièrement.


Première partie
De la rareté à l’émergence de la presse locale (avant 1900)
Les articles de presse qui s’intéressent à la vie locale des campagnes sont quasi inexistants avant 1800 et assez rares avant 1870. Néanmoins, on retrouve des indications qui permettent de tracer certains aspects importants de la vie locale : traces des événements
politiques nationaux, informations administratives, acquisitions foncières, mise en chantier des chemins vicinaux, début des comices agricoles, et notamment du comice réputé des cantons de Nozay et Derval… Certaines de ces informations, souvent laconiques, méritent
quelques explications que nous avons indiquées entre crochets, à la suite de l’article reproduit.
A partir de la révolution de 1848 – et ce n’est pas un hasard – on commence à trouver des articles livrant des informations sur la vie politique, mais aussi des anecdotes sur la petite délinquance, très présente dans les campagnes, ou des informations à caractère public, comme les débuts des chemins de fer dans la région (dès 1871) ou la construction des routes et des écoles. Mais les annonces judiciaires et les ventes publiques de biens occupent encore une grande place.
Dans le dernier quart du siècle, avec de nouveaux quotidiens comme le Phare de la Loire, l’Union Bretonne ou le Progrès de Nantes, les articles se multiplient. On peut suivre les conflits autour de la vie municipale qui est devenue plus démocratique depuis que les maires
sont élus. Les faits divers deviennent une rubrique régulière : vols, accidents, disparitions et même… usage de fausse monnaie. On peut aussi retrouver les résultats du fameux CEP (certificat d’études primaires). Quelques articles, émanant des journaux nantais républicains comme Le Progrès, ont une tonalité anticléricale. La presse catholique est encore peu présente.
L’événement le plus marquant, au cours des années 1870 à Treffieux, est la construction de la nouvelle église, lancée en 1875, ouverte au culte en 1879 et achevée par sa consécration en 1883, mais la presse en parle très peu, tellement l’information semble banale, puisque de
nombreuses paroisses font de même. On accorde plus de place à la construction de la mairie et de l’école.
La période se termine, en 1899, par une grande fête communale, en soutien à la compagnie des pompiers qui est une des « gloires » de cette petite commune. Mais un habitant témoigne aussi de la plaie que représente le vagabondage et la mendicité dans les campagnes, à une époque où il n’existe aucune protection sociale, mais où la répression est omniprésente : le vagabondage et la mendicité sont en eux-mêmes un délit, même en l’absence d’acte délictueux constaté.


Deuxième partie Le temps des affrontements politico-religieux et de la guerre (1900-1918)
Malgré des tensions apparentes sur la question scolaire, la commune de Treffieux semble vivre dans un esprit de convivialité, comme en témoigne la réussite de la fête locale du 8 avril 1899. La mission décennale de la fin de l’année rassemble l’immense majorité de la population qui a toujours le sentiment d’appartenir à une paroisse, plutôt qu’à une commune. Et il lui semble logique de consacrer la paroisse-commune au Sacré Cœur qui est une forme de réponse catholique à la politique de Défense républicaine (et laïque) conduite
par le gouvernement Waldeck-Rousseau.
Tel n’est pas l’avis du préfet de la Loire-Inférieure qui envoie une circulaire à tous les maires pour leur indiquer que consacrer leur commune au Sacré Cœur outrepasse leurs fonctions de maire. Mais, sous l’influence du nouveau curé de Treffieux, l’abbé Charles Hardy, issu d’une bonne famille catholique nantaise, le maire renouvelle cet acte pour la clôture du jubilé de fin 1901. Il s’agit à l’évidence d’une provocation à l’égard du préfet. Celui-ci ne recule pas et prend
un arrêté de suspension du maire pendant un mois.
Cet acte provoque un tollé dans la France entière ! C’est la seule fois, dans toute son histoire, que la commune de Treffieux est citée dans toute la presse nationale : aussi bien par les journaux cléricaux qui vilipendent le préfet, que par la presse anticléricale qui applaudit. Waldeck-Rousseau, alors président du Conseil, transforme la suspension en révocation du maire Pierre Gardé, qui sera réélu l’année suivante.
Cette affaire du Sacré-Cœur est évidemment en lien avec la suppression des congrégations en 1902, puis la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Le curé de Treffieux est à la pointe du combat et montre sa fierté de passer devant le tribunal correctionnel, pour une condamnation symbolique.
Dans une paroisse catholique comme Treffieux, l’Eglise sort renforcée de l’épreuve, car les laïcs vont s’investir dans les œuvres à caractère
religieux. Treffieux, qui était une commune plutôt « tiède » depuis la Révolution, devient un foyer actif de l’action catholique, avec la naissance du patronage Saint-Grégoire, de la Jeunesse catholique, de l’Association des pères de familles, de la Ligue patriotique des Françaises, des caisses rurales contrôlées par les prêtres… et le développement de la « Bonne Presse ».
Le patronage s’organise… les républicains s’affaiblissent… la guerre
approche…
La presse locale accorde peu de place à la Grande Guerre. Mais le bulletin paroissial nous donne la liste des 160 soldats de Treffieux mobilisés, dont une bonne quarantaine y laissent leur vie.


Troisième partie L’Entre-deux-guerres
Comme partout en France, l’épreuve de la guerre et la politique de « l’Union sacrée » contre l’ennemi héréditaire a rapproché les « cléricaux » et les républicains laïcs. Les divisions subsistent, mais les antagonismes sont moins violents. L’exemple de l’inauguration du moment aux morts de Treffieux en est l’illustration.
D’autres affaires surgissent et celle qui oppose Raoul Espéron, un marchand de vins nantais, devenu propriétaire de la Forêt-Pavée et lieutenant de louveterie, sur la commune de Moisdon-la-Rivière, au boulanger de Treffieux et à un cultivateur-commerçant, François Roiné, de la Ginguenais, occupe une place de choix dans la chronique régionale. D’autant plus qu’un journal satirique nantais, la Pince sans rire, – découvert grâce à la numérisation – se situant dans
la veine du Canard Enchainé, né pendant la guerre, agrémente notre chronique d’une note amusante et parfois grinçante.
L’Eglise conforte ses positions grâce aux œuvres et à l’action catholique. Elle est capable de se mobiliser massivement lorsque le Cartel des gauches menace de revenir à la politique anticléricale d’avant-guerre. L’usage du train permet de multiplier les pèlerinages. Le nouveau curé de Treffieux, l’abbé Landeau, est beaucoup plus consensuel que son prédécesseur. Il anime un patronage actif avec des pièces de théâtre régulières et une fanfare renommée dans toute la région. Les échos rapportés par les missionnaires ouvrent les esprits sur le monde des colonies. A partir du début des années 1930, les kermesses offrent une occasion de mobilisation de toute la communauté chrétienne.
Des nouveautés techniques apparaissent : l’électricité éclaire le bourg en 1926, « l’auto » prend de plus en plus de place, avec son cortège d’accidents et la pression exercée par les automobilistes pour l’amélioration des routes. Le code de la route se précise. Dès le début des années 1930, les cars tendent à remplacer le train pour les voyageurs.
Au cours des années 1930, la politique devient plus présente dans la presse.
Elle rend compte publiquement des débats, lors des campagnes électorales, qui ne manquent pas de piment. Les ligues d’extrême-droite sont bien présentes dans les campagnes. Moins connue est la naissance de l’intercommunalité : dès 1926, les maires de la région se réunissent régulièrement et abordent de nombreux sujets très concrets.
Sur le plan agricole, les comices poursuivent leurs activités et les foires aux bestiaux de Treffieux sont de plus en plus réputées. Les chambres d’agriculture apparaissent en 1927. Même si les syndicats agricoles locaux se mettent effectivement en place au cours des années 1930, le rôle des services agricoles dans la diffusion des techniques est à souligner.
Contrairement à l’image réductrice souvent véhiculée, la campagne n’est pas isolée des événements et des mouvements sociaux urbains : à Treffieux, on collecte pour les grévistes de Trignac, les mineurs du Nord ou les victimes du naufrage du Saint-Philibert. Mais il faut reconnaître que ce sont surtout les fonctionnaires (instituteurs, employés de chemin de fer et de la poste) qui assurent le lien avec l’extérieur.
Les loisirs se développent hors du cocon familial ou paroissial, grâce aux chemins de fer qui proposent des billets à prix réduits pour aller aux grandes foires ou pour passer « un jour à la mer ». Le cyclisme prend une place de plus en plus grande.
Reste la catégorie fourre-tout des faits divers qui changent peu.


Quatrième partie L’Après-Guerre (1945-1954)
Comme pour les périodes précédentes, on observe les retombées de la situation nationale sur le plan local. Pas de drame majeur dans cette collectivité où l’on cohabite dans une atmosphère relativement pacifique. Pas de règlement de comptes, mais quelques mesures administratives contre des faits de collaboration. Maintien d’une économie fortement administrée, comme l’obligation de fournir du bois de chauffage aux villes ou la fixation du prix du lait en préfecture.
Les années 1945 et 1946 sont des années où l’on va souvent aux urnes : élections municipales et de nombreux votes pour le choix d’une nouvelle constitution, puisque le premier projet est rejeté. A Treffieux, la Quatrième République démarre mal puisqu’une majorité la rejette dès le départ. C’est la période où l’influence de la gauche est la plus forte, mais elle reste minoritaire.
La vie religieuse reprend son rythme avec une grande mission décennale début 1946 qui renoue avec celles du passé. Les séances théâtrales du patronage et les kermesses retrouvent leur place. L’action catholique se spécialise et l’on parle désormais de la JAC et de la JACF qui se font connaître par les fameuses « Coupes de la Joie ». Mais, face à la mouvance catholique, une forte concurrence s’exerce avec l’Amicale des écoles publiques qui devient très active en proposant des séances de cinéma, des randonnées annuelles et
surtout des bals à répétition qui ne peuvent que séduire une jeunesse en mal d’émancipation. De ce côté, une figure se détache : celle de « Madame Garçon », directrice de l’école publique, soignante dans ses temps libres, et menaçant même un candidat de la majorité au second tour des élections municipales du 26 octobre 1947.
Sur le plan agricole, les foires aux bœufs amorcent leur déclin, les comices entrent dans la routine, les mutuelles fonctionnent à l’échelle locale. En revanche, on voit se développer les cours postscolaires agricoles cantonaux, portés par l’instituteur public de Treffieux, Joseph Gibelot. On commence à parler de culture du maïs et d’ensilage.
La vie rurale quotidienne, c’est aussi son cortège de faits divers, avec les accidents, les incendies, les larcins, les suicides… mais aussi la pêche en rivière, la chasse, la foire de Béré ou celle de Nozay, les courses cyclistes ou les « potins du bourg ».
En 1953-1954, avec un hebdomadaire comme l’Eclaireur de Châteaubriant qui a abandonné tout parti pris politico-religieux, la rubrique de Treffieux, comme celle des autres communes rurales, est alimentée pratiquement chaque semaine par l’annonce ou le compte-rendu de la vie locale qui reste intense : la télé n’est pas encore dans les foyers pour occuper les soirées.


