Inventaire des croix de Pierre bleue au Pays du schiste (60 communes)

Croix Pattée Bouvet : Pichon (Saffré), Croix de mission Franck : Coisbrac (Nozay), Croix autel à engrenage Aubert (La Meilleraye-de-Bretagne). Qu’elles soient perchées sur un talus, à flanc de fossé, aux intersections de routes et de chemins ou au milieu des bourgs, les croix dites «de chemin» sont partout.

Trait d’union entre la Terre et le Ciel, les plus vieilles de la région sont en granit (Notre-Dame des Landes, Héric, Fay-de-Bretagne). A défaut de ce matériau à Nozay, (pourtant une petite carrière a été en activité à Gâtines lors de la construction du canal de Nantes à Brest 1806/1842), c’est le schiste qui a été utilisé, et notamment la «pierre bleue» très prisée par les seigneurs du temps de François 1er (cf château de la Villaucher-Ville au Chef).

Presque 10 ans de prospection, les toutes dernières ont permis de visualiser dans sa quasi-totalité l’implantation de ces croix dans une bonne cinquantaine de communes autour de Nozay. Plus on s’éloigne de cette dernière (qui ne compte que 4 croix autres que de pierre bleue sur la cinquantaine plantée) et plus ce matériau diminue au profit de la fonte, du fer, du bois et ensuite du béton.

Plus de 1500 en tout, leur fichage par commune et par matériau a permis de sélectionner celles de schiste, lesquelles triées par «modèle» et celles datées ont permis d’établir une «fourchette» de temps de production pour chaque.

Cette répartition a été assortie d’une autre par secteur géographique au nombre de 6 (cf liste des communes plus loin): Blain (11 communes/ 55 croix), Châteaubriant (11/165), Derval (10/38),  Nort-sur-Erdre (10/32), Nozay (10/196), Saint-Mars-la-Jaille (7/31).

Certaines communes ont un patrimoine plutôt ancien (Grand et Petit-Auverné), alors que d’autres ont vu le leur constitué tardivement et sur une courte période (1870/1910) comme Saint-Aubin-des-Châteaux ou Vay.

Donc pour la datation, à défaut de documents, le modèle a été répertorié suivant sa première et sa dernière datée.

La totalité de la production représente environ 550 croix de pierre bleue ( un petit nombre a été taillé dans du schiste pourpre de Juigné-les-Moutiers, pourtant très dur). Avec 4 périodes: 1597/1686, 1687/1843, 1844/1919 et après 1920.

La plus vieille est datée de 1597 (La Jumelais, Petit-Auverné) et la dernière du genre 1686. on les dira «Juliennes».

Pourquoi cette appellation? Parce que, selon une légende, un miracle se serait produit aux alentours de Saint-Julien-de-Vouvantes (près de Châteaubriant) lors d’un transfert de prisonniers. Elles auraient, dit-on, servi de poteaux indicateurs pour les milliers de pèlerins venus ensuite dans ce bourg.

Soit, mais les 3/4 d’entre elles étaient déjà en place au tout début de ces transferts (fin du règne de Louis XIV) et comment expliquer que les petites communes du Grand et du Petit-Auverné en aient plus d’une dizaine à elles deux. Alors peut-être des seigneuries voulant marquer leurs territoires…

Elles sont présentes sur 44 communes très étendues géographiquement, peu en ont plusieurs.

Combien ont été détruites lors des émeutes de 1793? leur particularité d’être la plupart du temps en 2 parties, une vingtaine de leurs croisillons rapportés ont été enlevés et cachés lors de ces évènements.

Elles ont été les reines des christs en tous genres, dont certains vraiment pas bien réussis.

Période 1597/1686

1) Les croix «Juliennes»

La croix des Aulnes, la plus ancienne datée des juliennes à La Jumelais au Petit-Auverné (1597). Croisillons sur Combrée, Vergonnes et au calvaire du bourg du Petit-Auverné.
  • A) Entières Total:  51 (3 n’ont pas de christ, une avec l’inscription IHS à la place)

Pour citer: Abbaretz (1657), Petit-Auverné (1597, la doyenne), Le Pin (1605), Riaillé (1686, la benjamine), Teillé (1641), Vay (1612, sans christ).

13 sont datées. (1597/1605/1605/1612/1637/1641/1650/1657/1659/1685/1686).

  • B) Croisillons seuls: Total 20 (dont 3 au calvaire de Petit-Auverné)

Soit un total de 70 pour une production sur 90 ans. Matériau, tailleurs et sculpteurs devaient être locaux, ce qui explique la diversité des réalisations.

Période 1687/1843

Pourquoi cette date d’arrêt à 1843? Parce qu’en 1844 a été daté un autre modèle, alors inexistant marquant un tournant dans la fabrication des croix, qui de l’artisanat va passer à une production quasi industrielle pendant une bonne soixantaine d’années. On les appelle «pattée curviligne» mélange d’une croix latine et d’une croix de Malte, elles seront taillées à plus de 200 exemplaires et certaines avec un christ sculpté. Pour faire face à la concurrence, elles deviendront plus fines au fil des années.

1) Les croix-Palis

Les plus anciennes après les «Juliennes», mais aucune n’est datée. Seulement 5 répertoriées, de moins de 2m de haut.

Croix du Désert (Joué/Erdre), Petra (Jans), Ringaudière (Vay).

Pour citer: Jans (l’Onglée) La croix Petra (énigmatique avec ses 8 trous), Joué-sur-Erdre (Le Désert) qui serait de 1653, Nozay (La Croix Daviaud, érigée pour un fratricide?), Treffieux (La Touyonnais), Vay (La Ringaudière) la  plus petite et sans doute transplantée.

2) Les croix plates et latines (moins de 8 cm d’épaisseur) 1769/1841

Un total de 45 (dont 5 ont un christ) réparties sur 36 communes, 6 sont datées: 1769/1807/1812/1832/1836/1841

Croix Jaillet près du Don (1769), bourg de la Grigonnais, La Morhonnais (Saffré).

Pour citer: La Grigonnais (bourg), Issé (près du Don, 1769), Lusanger (carrefour de La Noé) gravures de rectangles sur le croisillon), Nozay (Les Buffais) pattée avec christ, Pierric (croix des gens du voyage 1812), Puceul (La Menerais), Saffré (Pichon) la plus haute 3m, 1832, Le Dru (très belle restauration) 1841, (La Morhonnaie) cadran solaire sur le fût, (Champion) christ des 2 côtés du fût, (Le Camp) le plus grand et le plus viril des christs, 1841, Vay (le Moulin à Hupel)  christ + allégorie de la mort gravée à la base du fût.

Croix plates avec Christ : Les Buffais (Nozay), Le Camp (Saffré).

3) Les croix latines 1818/1844 (et au-delà)

  • A) sans Christ

Un total de 41, une seule datée (1859), réparties sur 30 communes, la plus haute fait 4m (Bonnoeuvre/bourg)

A citer: Grand-Auverné (moulin de Rochemont), Issé (Le clos Breton) gravure d’étoiles à 5 branches sur le croisillon, 1841, Nozay (L’Aurière) la plus trapue, gravure de croix sur l’ensemble, ancienne, Vay (Le Haut-Mérel) graffitis spécifiques/1859.

Croix latines sans Christ : Le Clos breton : Issé (1851), La Tourterelle : Treffieux.
  • B) avec christ

Un total de 18, deux seules datées 1818 et 1839 réparties sur 12 communes, la période pour les christs les mieux dessinés.

A citer: Derval (L’Hôtel à L’Oie) christ trans-genre, Héric (La Grandville) 1818, christ massif taillé en «V», Nozay (Le Châtelet) avec Vierge à l’enfant sur le fût, (Croix Huet) taillée par un paysan, Vay (Les Chesnots) un des plus grands et des mieux dessinés, grandes tresses.

Croix latines avec Christ : Bourg (La Chevallerais), Les Chesnots (Vay), Le Châtelet (Nozay).

4) Les Croix pattées «rondes» (ou à cardan) 1807/1832

 Un total de 17 (5 «rustiques  et 9 «fines» avec un christ et 3 variations modernes sans christ ),  réparties sur 9 communes pour cette courte période, moins de 3m de haut, trapues; croisillon rond 40cm de diamètre, ensemble rustique.A citer: Abbaretz (La Croix Blanche) avec Vierge à l’enfant sur le fût,  Blain (La Civelais) petit christ à tête ronde et plate (plusieurs ex), Marsac-sur-Don (Le Trié) gravure d’une allégorie de la mort à la base du fût, Nozay (Le grand Perray) 1811 même croix qu’au Trié.

Croix pattées rustiques : Retoire (Saffré), Pivard (Marsac/Don), Le Grand-Perray (Nozay)

5) Les croix à ergots (2 seules datées 1811/1841)

 Un total de 33 (dont 24 avec christ) pour cette courte période sur 20 communes.

A citer: La Chevallerais (Le Clos d’Hell), sans christ, unique, cassée par une voiture en août 2015, La Grigonnais (Le Plessis) 1841, Grand-Auverné (La Coutancière), Héric (Champorin), Issé (Montjean), Lusanger (Vieux-Bourg) christ trans-genre, Nort-sur-Erdre (cimetière) un des plus beaux christs, Nozay (Les landes de Coisbrac), Treffieux (bourg).

Croix à ergots : Lasne (Derval), Route de Jans (bourg de Treffieux), Cimetière (Nort/Erdre)

Soit pour cette période de 260 ans une production de 225 croix, dont 112 avec des christs (parmi les plus beaux).

Période 1844/1919

1844 est donc une année-bascule pour les croix de chemin où bien des facteurs entrent en ligne de compte: essor démographique, économie, transport, début de la période industrielle qui vont permettre aux carrières de Nozay de redémarrer (plus un seul tailleur en 1850). Des grands travaux prévus comme le rempierrage de la route Nantes/Rennes, l’alignement des façades de la grande rue, la construction de l’école impériale d’agriculture de Grand-Jouan (ouverte en 1847), vont attirer bien des entrepreneurs dont la pierre bleue sera leur gagne-pain.

Le premier arrivé est Aimé MAURICE, ancien granitier, venu de Nantes en 1836, à l’âge de 40 ans avec un nouveau marteau-taillant à 2 pointes plus efficace que celui utilisé jusqu’à lors par les ouvriers nozéens.

Il aurait formé François BOUVET (né en 1796), ancien mineur des carrières de charbon de Languin (Nort-sur-Erdre). Lequel après avoir acquis un lot de carrière, s’installe à  Nozay en 1840 comme tireur de pierres. Son fils François (né en 1834) l’accompagne dans les trous et épouse en 1861 jeanne LAUNAY, sœur de Jean-Marie alors carrier à Marsac-sur-Don. Les deux beaux frères travaillent ensemble aux carrières de la Grande Haie à partir de 1872.

Le bouche-à-oreilles les dit tailleurs des croix pattées curvilignes, que l’on voit partout (et pour cause, plus de 200 ont été érigées entre 1844 et 1922, (dont les 2/3 entre 1870 et 1900). Presque 80 ans pour une qualité de finition quasi-industrielle dès le début. Là, ils trouveront une «niche» pour arrondir les fins de mois (comme les Franck ensuite). Cette paternité est confirmée par les signatures de cimetières (plaques apposées sur les tombeaux dans les cimetières dans les années 1915). Mais il y avait aussi les Doucet, Garçon, Lemasson, Lessard Frères. Alors qui faisait quoi, d’autant plus que dans les années 1890 les paysans de la Villate étaient quasiment tous tireurs de pierres de leurs champs.

Ce modèle évoluera au fil du temps, deviendra plus fin pour ressembler aux «Franck», mais les classiques étaient largement majoritaires (par le pourcentage de datées-90 au total-il pouvait en être taillé 7 par an entre 1870 et 1879, 4 dans la décade suivante). L’entreprise s’agrandit par le jeu des alliances matrimoniales (endogamie), en 1911 elle emploie 54 ouvriers (soit 5 de plus que chez le concurrent) mais après la faillite du cousin jules (Launay) en 1913, suivie de la guerre 1914/1918 l’entreprise doit diversifier sa production par la vente de collecteurs d’huîtres et d’échalas (poteaux de vigne) demandant beaucoup moins de façonnage. Chute du nombre d’ouvriers, en 1938 l’inscription au registre des commerçants n’est pas renouvelée (et de plus les ménages  n’ont eu que des filles). Donc clap de fin pour la saga des Bouvet/Launay qui aura duré presque 100 ans (dernière croix au cimetière de Jans en 1922). Mais qui a taillé la toute première datée en 1842 ?

1) Les croix pattées curvilignes

  • A) classiques (1844/1922)

I- sans christ

Un total de 148 réparti sur 50 communes (dont 16 n’en n’ont qu’une seule). La palme revient à Saint-Aubin-des-Châteaux avec 17, puis Saffré 16, Issé 14, La Chevallerais 10, Abbaretz 8 (dont la doyenne 1844). 40 sont datées (dont 15 entre 1880 et 1890).

A citer: Châteaubriant (La Guibertais) 1873, La Chevallerais (Moulin Roty) 1888, La Grigonnais (Les Clusions) 1884, Issé (La Masure) 1864 (a/mais/par/ants/de/feint), Saffré (La Noé Péguille) 1853, (Pichon) 1884, la plus travaillée, Saint-Sulpice-des-Landes (35) (cimetière) la plus haute 7m, Soudan (Launay-de-Bouillon) 1871.

II- avec christ

Un total de 14 croix sur 7 communes, 5 sont datées 1844/1851/1862/1877/1892.

Les christs ont des dessins quasi similaires à ceux des périodes précédentes mais ceux du Gâvre sont d’une facture plus moderne.

A citer: Abbaretz (La Ville Ville) petit christ au visage rond et plat, Blain (Magouet) même christ, Le Gâvre (Le Haut-Luc) 1877, (Les Rotys) 1892. (la dernière).

Croix pattées curvilignes : Cimetière (Puceul), Le Haut-Luc (Le Gâvre), N.D. des sept Douleurs (Abbaretz)
  • B) Les croix pattées curvilignes à «redent»

(Classiques, mais le bout des croisillons  dépassant)

Seulement 9 de ce genre sur 6 communes, 5 sont datées 1869/1869/1900/1907/1915.

A citer : Issé (Le Bois-Glain) 1869 très bel ensemble, Ruffigné (La Gégaudais) 1900, Riaillé (La Meilleraie) 1869 croix plate.

  • C) Les croix pattées curvilignes «fines»

(pour ressembler à l’esthétique des Franck)

Un total de 15 sur 7 communes 3 seulement sont datées 1886/1896/1909.

A citer: Guémené-Penfao (entrée du château de Treguel)1909, Jans (croix de Pinel), Louisfert (Nord du Bourg, la plus effilée, Sion-les-Mines (La cour de Limèle) très bel ensemble restauré.

Soit 202 croix sur 56 communes (12 n’en n’ont qu’une) et près de la moitié érigées en 30 ans (1860/1890); avec la palme de la hauteur (7 m au cimetière de St Sulpice des Landes 35).

Deux croix pattées fines à Sion (La Cour de Limèle, La Grée à Midi) et une à redent (Gergaudais : Ruffigné)

2) Les croix latines de section ronde (ou octogonale)  sur fût à diminution (ou pas), croix «Franck»

Si les croix précédentes ont eu le monopole pendant 27 ans, il n‘en est plus rien à partir de 1871 avec la venue de 2 concurrents.

Le premier Jean, Jacob FRANCK, alsacien-lorrain arrivé à Nozay en 1856 que Jules RIEFFEL (également de l’Est) directeur de l’école d’agriculture de Grand-Jouan  qui l’aurait embauché pour être aide-vacher; Avec femme et fils (Nicolas 9 ans) il s’installe à La Bâtisse et fait connaissance d’Aimé MAURICE lequel initie le jeune homme devenu à l’art de la taille.

En 1871 le comte de MAQUILLE (tout nouveau maire) leur loue le plus grand lot (38ha) des carrières municipales qu’il vient d’acheter.

Si la paternité des croix pattées curvilignes s’est avérée sur le tard, celle de ces croix a été constatée dès leurs débuts. Après un tour de chauffe avec des croix de fonte (dont l’une signée à Saffré en 1876)  les Franck signent une croix à Vay la mème année (La Clardière) qui va devenir leur marque fabrique (latine  de section ronde), suivie d’une autre à La Guichardière en 1879 comportant une deuxième marque (la croix n’est plus monolithe, les parties étant assemblées par des tenons et des mortaises, quasi nécessaire pour cette dernière, son croisillon comportant en diagonale une couronne de félicité  devant être exécutée  par un maître sculpteur (pour justifier cette couronne: attribution au défunt d’une vie exemplaire sur Terre, lui permettant d’aller directement au Paradis).

Pourtant leur fabrication est moitié plus chère que celle des Bouvet car elles demandent d’avantage de travail: pour obtenir un fût (et un croisillon) ronds il faut d’abord les scier en section carrée, puis en 8 (qui est aussi le chiffre de l’Infini) puis en 16 et 32 pour arriver par ponçage au rond parfait.

Pour s’adapter à la concurrence ((et aussi pour diminuer le coût de production, bien d’entre-elles deviendront de section octogonale, ajoutant un plus à l’esthétique.Il loueront jusqu’à 6 carrières, fréquenteront notables, politiciens influents, aristocrates, nobles et Nicolas deviendra vite un notable à son tour (après la mort de son père en 1881). Il plantera ses 2 plus beaux fleurons en 1898 (plus de 5m de haut pour une envergure 1,20m avant de décéder en 1906.

Le fils Gabriel, âgé de 20 ans prend la suite et garde 49 ouvriers, il fera une réplique du fleuron de son père en 1909 (Issé, Le Mortier), mais la guerre  de 1914/1918 change la donne, les effectifs tombent à 9, le besoin de  schiste est nettement moindre, l’habitat dans les bourgs est construit (il restera tel jusqu’aux années 1960) et il va être vite remplacé par ciment et béton. Il décède en 1945 à l’âge de 59 ans , aucun de ses 3 enfants ne reprendra l’affaire. Clap de fin pour la saga Franck.

(Pourtant, en 1942 sera plantée à Nozay (Le Troisy), une petite croix qui même non signée porte l’empreinte des Franck: son socle est fait de panneaux verticaux-comme celle avec la couronne de félicité, un des tous premiers fleurons;  La boucle est bouclée…

La production (pas loin de 80 en 50 ans, avec un maximum entre 1890 et 1910, a été répartie selon 3 critères de taille (qui correspond à peu près à la chronologie), jusqu’à 2m, entre 2m et 4,80m et au-dessus. Certaines ont des christs mais de fonte.

Croix Franck : petit modèle (Roche-aux-loups : Marsac/Don), Moyen modèle (La Clardière : Vay, signée et datée 1876), Grand modèle (Les Mortiers : Issé)
  • A) Petit modèle (jusqu’à 2m) 1879/1914

Un total de 20 croix (dont 17 fûts ronds) sur 10 communes principalement Marsac-sur-Don, Vay, Sion-les-Mines, Lusanger.

8 sont datées: 1879/1881/1886/1894/1896/1896/1904/1914.

Pour citer: Marsac-sur-Don (La Roche aux loups 2m/1894), Sion-les-Mines (bourg 1,30m/1879), Vay (La Bergerie 1,5m/1886, Sabhel 1,9m/1896).

  • B) Moyen modèle (entre 2m et 4,8m) 1876/1919

un total de 50 croix (dont une douzaine au croisillon rapporté) sur 21 communes, 30 datées (dont 20 entre 1889 et 1915 et 5 autour de 1919). 30 fûts ronds, 5 octogonaux droits  et 15 à diminutions.

Pour citer: Héric : La Grenardrie 1879 signée, Passac), Lusanger (La Pouardais), Marsac-sur-Don (La Colle/1905), La Rimbaudais/1907), Mouais (bourg), Nort-sur-Erdre (ZI Les Bâtisse/1917), Saffré (Champion/1908), Sion-les-Mines (Le Tremblay/1915), Soudan (La Petite Verrerie/1896) .Vay (La Clardière la première signée 1876)  (Cimetière/1919 ).

  • C) Grand modèle (plus de 4,80m) 1887/1909

Un total de 9 croix sur 7 communes, 2 en 3 parties: Châteaubriant (La Préauderie/1887), Nozay (Coisbrac/1888), 5 en 2 parties: Issé (La Queue de l’Eau/1898), (Les Mortiers/1909), Lusanger (la Pierre/1898) les 3 mêmes fleurons, Marsac-sur-Don (croix Heuzé), Lusanger (La Rouésie/1898),  et deux monolithes: Notre-Dame-des-Langueurs (cimetière/1919), Soudan (Lévinais/1898).

Après s’être taillé la part du lion en réalisant des croix  pour honorer les soldats de la guerre de 1914/1918 (tant tués que revenus, une quinzaine, commandées tant par des mairies que par des particuliers), finie la concurrence entre les 2 maîtres carriers,finie la frénésie  de celui qui fera plus fort ou plus haut que l’autre, la croix de chemin ne fait plus recette…

             D) Variations

Un total de 8, au fil des années le modèle a évolué à ne plus ressembler aux tous premiers.

Pour citer: Le Gâvre: (Bourg) de section carrée, dans enclos de palis (1920), Le Pin (La Robinais): croisillon avec un disque cranté, Saffré: (La Gréhandai): section carrée, croisillon à emboîtement, dans enclos de palis.

3) Les croix «orphelines» (1871/1884)

Parce qu’elles ne ressemblent en rien aux modèles des 2 maîtres-carriers précédents et que celui qui les a taillées n’a laissé que son «coup de patte»; Par la combinaison de leurs socles-autels, de leurs croisillons à engrenage, ou à trèfles énormes, elles peuvent être tour à tour majestueuses ou d’une extrême gracilité. Plutôt hautes (entre 3 et 6 m), de fort gabarit, elles ont toutes un point commun: avoir été érigées entre 1871 et 1884 (pour celles datées).

Croix autel à engrenage (Cimetière : La Meilleraye-de-Bretagne), Croix tréflée à socle octogonal (La Grée : Issé), Croix à engrenage et socle octogonal (Le Tertre Gicquel : Lusanger)

Et lorsque l’on connaît un peu l’histoire des carriers de Nozay, elles pourraient être l’œuvre de François AUBERT(né en 1832). Son père Auguste (originaire d’Ancenis) s’est installé vers 1840 à la Villate (Nozay)  pour reprendre l’activité de sa filature, qu’il a racheté après faillite. Le succès n’est pas au rendez-vous et il fabrique des outils araires dont l’école d’agriculture a besoin. Son fils décide de ré-exploiter les carrières environnantes et à partir de 1877 modernise tout pour en faire une usine à scier la pierre bleue (C’est lors de ses expositions à Nantes que le schiste nozéen est dit en ces termes); Mais en 1883 un incendie ravagea «l’usine» (accidentel-il y avait une machine à vapeur- ou criminel?

Clap de fin pour ce jeune entrepreneur un peu trop audacieux dont personne n’entendit plus parler de lui après son retour à Nantes et la vente aux enchères du matériel qui n’avait pas souffert.

Peut-être une vingtaine de réalisations en 13 ans, sur presque toutes des citations liturgiques en latin, 6 ont un socle-autel, 8 un croisillon à engrenage et 2 avec des trèfles. 2 socles octogonaux à panneaux  pourraient être aussi sortis de chez lui.

Pour citer: Treffieux (la mairie/socle-autel 1871, la première), Saffré (Croix des Ormes/1876, démontée et cassée lors de son transport), La Meilleraye-de-Bretagne (Cimetière/1883 engrenage sur socle autel, la plus majestueuse), Lusanger (Le Tertre-Gicquel/1872 engrenage sur socle octogonal, la plus esthétique), Jans (bourg/trèfles jubilé 1875), Issé (La Grée/trèfles sur socle octo remontée par Saint-Patern).

Les 2 autres maîtres-carriers ont désormais les mains libres…

4) Autres réalisations découvertes

  • A) Croix de cimetière (de Nozay, début 20e) 

trois: Abbaretz (Le Château-Rouge), Conquereuil (La Barre), La Meilleraye-de-Bretagne (La Guiltais/1891 sur socle très travaillé).

             B) Fût seul

Saint-Aubin-des-Châteaux (La Grippaiis): Croisillon avec mortaise disparu,  fût avec étoile à 6 branches présence de 10 cupules sur le socle.

  • C) Colonnes (hauteur entre 1,8m et 2m)

I- Simples: Issé (Le Breil-Benoist/1911  support de croix de fonte), Derval (Patte d’oie après le moulin de Marsac (rien dessus)

II-Avec niche en partie supérieure: Nozay (Les Grées), Abbaretz (La Baratterie).

III-De section octogonale, travaillées supports de croix de fonte (Franck?): Vay (Poebel), Riaillé (La Brunaie/1901).

Colonnes : Patte d’oie route de Marsac-Derval (Derval), Les Grées (Nozay), Poebel (Vay)

Période 1919/1975

Guère après 10 croix pour ce demi-siècle  , quasiment  toutes des «Franck», les Bouvet ont jeté l’éponge en 1922,  et des carrières Doucet sortiront 2 modèles (1958/1975).

Pour citer; Rougé (La Tribossière/1921), Jans (Cimetière/1922, la dernière pattée curviligne classique), Le Gâvre (Bourg/1920), Nort-sur-Erdre (La Noé Péguy/1924), Vay (La Guichardière/1924), Saint-Aubin-des-Châteaux/1925), Nozay (Le Troisy/1942 déjà citée).

Croix récentes : Le Troisy (Nozay), Le Coudray (Plessé), Calvaire de Créviac (Nozay)

Soit un total de 543 croix sur presque 400 ans. Les 2/3 ont été taillées en moins de 50 ans où la concurrence devait être rude entre les Bouvet et les Franck. Qu’aurait pu faire l’outsider Aubert, avec ces deux rivaux ??

De cette «niche» basée sur la foi chrétienne de la population rurale locale, que pouvaient argumenter les deux premiers pour emporter une commande? L’un avait l’expérience de 30 années avec une production de masse, sans doute d’un bon rapport qualité/prix, à portée des paysans (pas tous), et l’autre pour une clientèle plus aisée où le rajout de pierre travaillée, d’inscriptions, d’enclos maçonnés (avec tablettes potelets et grilles de fer forgé) devait faire grimper la facture…

Selon un tarif de 1890 (commun avec 6 autres patrons), une «Bouvet» d’une hauteur totale de 3,5m , vendue au mètre linéaire, avec son dessus (en 2 parties, moins cher), coûtait 80 Francs (soit 25kgs de pain), une «Franck» simple équivalente 120 Francs (soit 36kgs). A cela s’ajoutaient la maçonnerie du socle, la gravure des inscriptions et tout autre surplus de pierre travaillée… bienvenu.

Aux 200 pattées curvilignes vont s’en ajouter une autre, classique mais revisitée par le sculpteur Jean Fréour (né à Nantes en 1919), Tout juste diplômé des Beaux-arts de Bordeaux et installé à Issé depuis 1943.

La guerre terminée, il reprend ses outils pour tailler, non une croix de chemin, mais un calvaire, comme on en voit en Basse-Bretagne, comprenant la descente de la Croix, Saint-Jean, Sainte Madeleine, la Vierge, ainsi que des panneaux retraçant la vie de Jésus à Nazareth. L’archange Michel terrasse le démon qui est coiffé …d’un casque allemand.

A l’origine, plantée à la patte d’oie des routes de Nantes et de Saint-Nazaire, elle est depuis la déviation de la commune, dans le bois du manoir de Créviac où résident les descendants de ses commanditaires.

Une autre pattée sera «modernisée», commandée en 1958 à la mémoire d’un appelé tué pendant les affrontements d’Algérie, taillée par les ouvriers de Pierre Doucet et plantée à la lisière d’un bois à Plessé.

A ces 350 croix de pierre bleue contemporaines, il faut en ajouter autant de fonte (la première datée  en 1848 à Nozay), où le schiste peut être largement utilisé pour certaines. Et qui peuvent être grandement aussi belles que les «tout-pierre».

Grandement autant aussi de tombes , tombeaux, caveaux, chapelles dans les cimetières (plus de 300 dans celui de Nozay, 30 à Joué-sur-Erdre) taillés entre1865 et 1913, un complément de revenus non négligeable  pour les deux maîtres-carriers en titre.

D’autres en ont-ils fait de même? Peut-être, mais leurs ouvriers ont dû acquérir l’expérience, le savoir-faire pour travailler vite et bien. Afin que les patrons puissent proposer des tarifs de  concurrence.

A travers ce chiffrage, il apparaît que cette dernière devait être âpre, en se demandant pourquoi certains bourgs ont été pro «Bouvet» (22 à  Saint-Aubin-des-Châteaux, 16 à Saffré, et à Issé), alors que d’autres ont été pro «Franck»  (8 à Lusanger, Marsac-sur-Don, Sion-les-Mines, 12 à Vay où il a été présent pendant 50 ans  (de 1876 à 1925).

Une pensée aussi pour François AUBERT, il aurait pu continuer à faire de belles réalisations, s’il n’y avait eu cet incendie…

Il apparaît aussi que l’implantation n’est pas la même suivant les secteurs, Nozay étant le plus important (pour 10 communes).

Voici la liste:

 Secteur de Blain (11 commues) 1) Blain, 2) Bouvron, 3) La Chevallerais, 4) Fay-de-Bretagne, 5) Le Gâvre, 6) Grandchamp-des-Fontaines, 7) Héric, 8) Notre-Dame-des-Landes, 9) Saint-Emilien-de-Blain, 10) Saint-Omer-de-Blain, 11) Casson.

Secteur de Châteaubriant (19 communes): La Chapelle-Glain, 2) Châteaubriant, 3) Erbray, 4) Fercé, 5) Grand-Auverné, 6) Juigné-les-Moutiers, 7) Louisfert, 8) Moisdon-la-Rivière, 9) Noyal-sur-Bruz, 10) Petit-Auverné, 11) Rougé, 12) Ruffigné, 13) Saint-Aubin-des-Châteaux, 14) Saint-Julien-de-Vouvantes, 15) Saint-Vincent-des-Landes, 16) Sion-les-Mines, 17) Soudan, 18) Soulvache, 19) Villepot.

Secteur de Derval: (10 communes): 1) Conquereuil, 2) Derval, 3) Guémené-Penfao, 4) Guénouvry, 5) Lusanger, 6) Mouais, 7) Notre-Dame-de-Grâces, 8) Pierric, 9) Quilly.

Secteur de Nort-sur-Erdre (10 communes): 1) Joué-sur-Erdre, 2) Ligné, 3) La Meilleraye-de-Bretagne, 4) Mouzeil, 5) Nort-sur-Erdre, 6) Notre-Dame-des-Langueurs, 7) Riaillé, 8) Teillé, 9) Les Touches, 10) Trans-sur-Erdre .

Secteur de Nozay (10 communes): 1) Abbaretz, 2) La Grigonnais, 3) Issé, 4) Jans, 5) Marsac-sur-Don, 6) Nozay, 7) Puceul, 8) Saffré, 9) Treffieux, 10) Vay.

Secteur de Saint-Mars-la-Jaille (7 communes)  1) Bonnoeuvre (49), Freigné (49), 3) Pannecé, 4) Le Pin, 5) Saint-Mars-La-Jaille, 6) Saint-Sulpices-des-Landes, 7) Vritz.

 Soit un total de 67 communes où le nombre de croix de chemin peut aller de 15 (Mouais) à plus de 110 (Fay-de Bretagne), tous matériaux confondus.

Cet inventaire chiffré sera complété par un autre «nominatif», où chaque croix, de chaque «modèle» sera située, datée (si elle est connue), et assortie de sa «valeur» patrimoniale.

  Récapitulatif

Période 1597/1686

1) Juliennes

entières 51, croisillons seuls 20                                                           71

Période 1686/1843

1) croix-palis                                                                                         5

2) plates                  sans christ 38, avec christ 5                                 43

3) latines     sans christ 41,   avec christ  18                                        59

4) Pattées à cardan                      3                 14                                  17

5) à ergots                                    4                 26                                 33

soit pour la période 1597/1843 :         223 croix

Période 1844/1919

1) Pattées curvilignes (Bouvet/Launay)

  • A) Classiques, sans christ  162  avec christ 14                      176
  • B) à redents 9  Fines 16                                                         25

2) Latines de section ronde (Franck)

Petit modèle 20 / moyen 50 / grand 9 / variations6                                                                             85

3) «Orphelines»   (socle-autel 6, engrenage 7, trèfles 5, autres 2)                                                              18                                                                                                               

4) Autres:

  • A) croix de cimetière 3
  • B) Fût seul 1 
  • C) colonnes 7
  • D) Socle (Aubert?) 2
  •                                                                                         Total 13

soit pour cette période :                                                            315 croix

Période 1919/1975

  5  jusqu’en 1925, après, une en 1944/1946/1958/1975/2015                                                                                                                           10  croix

Merci à  Christian BOUVET, François AUBREE, Jean-Pierre DOUCET, Yohann GOURDON, Olivier LAVIGNE, Anne LEGRAIS, Didier TEFFO,  pour la biographie  des maîtres-carriers contenue dans leur ouvrage «La Pierre bleue au pays de Châteaubriant».

Ce patrimoine singulier, unique dans la région, que la pierre bleue a permis de constituer, qui a le «désavantage» d’être privé et religieux, est en péril, faute de soins. Si pour les 300 croix «industrielles», il en restera bien quelques exemplaires, il n’en est pas de même pour les plus anciennes, quasi uniques.

Quid des «Juliennes», plus ou moins entretenues depuis 400 ans ?  Que deviendront-elles si elles ne le sont plus ?…

                                                                                                                                                                                                José TEFFO