Issé pendant l’Occupation Georges Saffré, novembre 2025

S’appuyant sur une collection unique du bulletin hebdomadaire « La Vie Paroissiale d’Issé » (créé en 1922), ainsi que sur les délibérations des conseils municipaux et divers ouvrages et journaux, Georges Saffré retrace les principaux événements et chroniques paroissiales ayant marqué l’histoire locale d’Issé durant l’Occupation. L’auteur veille à respecter la chronologie, malgré la complexité de certains faits qui se chevauchent ou s’étendent dans le temps, tels que l’arrivée de réfugiés ou le retour des prisonniers.

Cet ouvrage, richement documenté et illustré de nombreux témoignages d’époque, propose une analyse parfois critique envers les autorités ecclésiastiques, tout en invitant les lecteurs à faire preuve de tolérance et d’humour concernant certains acronymes liés à la religion.

à savourer sans modération!

Renseignements Georges Saffré 02 40 55 14 68

Disponible au café tabac de l’Ys Issé  02 40 55 17 05

QUAND LES CLOCHES SONNENT, SONNENT…

Le 28 novembre dernier, le tintement lancinant des cloches de l’église d’Issé sonnait le glas annonçant le décès de M. Paul Beauchêne. Entré dans sa 98ème année, il était l’un des derniers témoins en âge de se rappeler le non moins lugubre appel à la mobilisation générale du tocsin de ces mêmes cloches. Doyen éphémère des hommes de notre commune depuis le décès de son aîné M. Pierre Deniel en août dernier, il m’avait raconté le moment précis quand, gamin en culotte courte, son voisin, le père Victor Passelande, vannier sur la route du Buron, lui demanda d’aller chez M. Raimbaud, le bijoutier, pour y quérir une paire de serre jambes. Ce fut chemin faisant que le sinistre martèlement campanaire se fit entendre, glaçant d’effroi et d’inquiétude toute la population alentour.

Deux semaines plus tôt, s’éteignait à Châteaubriant, Mme. Yvonne David, née Hamon, la doyenne des habitants de notre commune où elle vit le jour au hameau du Haut-Rougeau en 1926. A l’instar de Pierre Deniel, elle avait quitté Issé pour s’installer à Châteaubriant où elle devint pionnière dans le transport ambulancier et était douée d’une mémoire à faire pâlir de jalousie un centre d’archives.

Ainsi donc, à moins de trois mois d’intervalle, disparaissaient trois « passeurs de mémoire » dont l’aimable et généreuse contribution à la préservation et à la transmission d’un passé dont ils furent les témoins directs mérite tout notre respect et notre gratitude. Pour la seule année 2025, je me dois d’y associer le souvenir de M. Armand Bouchet, notre ancien édile récemment disparu, dont l’engagement pour la sauvegarde de notre mémoire commune fut à mon égard, sans failles.

Adieu le gamin en culotte courte dont les oreilles retentissaient encore du son du tocsin quatre-vingt- cinq ans plus tard; adieu la jeune paysanne dont le troupeau de vaches fut affolé par le vrombissement des avions alliés passant en rase-mottes au-dessus d’elle pour mitrailler la gare et son train de munitions; adieu l’autre gamin devenu maire, qui ressuscita le temps d’une évocation, la petite maison de la Championnaie, aujourd’hui disparue, qui servit d’asile temporaire  à maints réfugiés; adieu le fils de l’épicier Deniel de la route du Buron, qui déjouait la surveillance de l’inspecteur du ravitaillement pour approvisionner le commerce familial.

Pierre Deniel et Paul Beauchêne firent partie de la cohorte de pilleurs qui mirent à sac à la Thiolais le camp de l’armée anglaise qui se repliait sur Saint-Nazaire, fuyant l’avance des armées allemandes. Coïncidence charmante, ledit camp était établi sur le champ de M. Pierre Langlais (le bien nommé), futur beau-père de M. Armand Bouchet, notre ancien maire. Autre coïncidence, funeste cette fois, Mme. Yvonne David était la cousine germaine de M. Henri Gautier, le fils du boucher d’Issé et époux d’Annie Grosdoy-Gautier que Pierre Deniel avait connue dans sa jeunesse et qui fut fusillée à Lyon sur les ordres de Klaus Barbie.

Le nombre de nos anciens encore capables de se souvenir de l’Occupation se réduit comme peau de chagrin et bientôt, les doigts des deux mains suffiront à les compter.

Si le tocsin semble avoir été relégué aux oubliettes de notre histoire, (bien malin qui pourra nous dire pour combien de temps encore), le glas continue d’égrener son redoutable tintement annonciateur d’une non moins triste et inéluctable disparition. Pourtant, si pour paraphraser Jacques BREL, les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps, ils emportent dans la tombe tout un viatique de leur vécu, fait des petits morceaux de leur existence en ces temps difficiles que les moins de quatre-vingt-cinq ans ne peuvent pas connaitre et qui, mis bout à bout forment la trame de notre histoire paroissiale et communale.

Nous sommes les héritiers de leurs témoignages. A nous le devoir de les préserver…

QUAND LE PASSE N’ECLAIRE PLUS L’AVENIR, L’ESPRIT MARCHE DANS LES TENEBRES. Alexis de Tocqueville.